Homélies du Père Mercier

Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 16:23

2009 – 3. Avent C

 

Dans la joie et la paix

 

Le troisième dimanche de l’Avent a toujours été un jour de joie et un appel à réfléchir et à prier pour la paix. Les deux premières lectures expriment très bien cette joie que nous sommes appelés à rayonner, en étant des artisans de paix.

Le prophète Sophonie n’est pas un des plus connus de la bible, il fait partie de ceux qu’on nomme les « petits » prophètes. Son message, proclamé dans la première lecture, n’est pas très long, mais il est riche de l’annonce de la joie : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem ! Le Seigneur est avec toi ».

Dans la deuxième lecture, nous avons entendu Paul, nous dire, comme il l’écrivait aux chrétiens de la ville de Philippes : « Soyez toujours dans la joie ».

Pourquoi une telle insistance ?

 

Car le Messie est proche

 

La bible, dans son ensemble est parsemée d’appels à la joie lancés au peuple d’Israël. Etre dans la joie permet de lutter contre la morosité, le découragement, les tentations de servir des dieux païens. Le peuple doit se réjouir de savoir que Dieu ne l’abandonne pas. Il l’a bien expérimenté tout au long de sa marche, dans le désert, vers la terre promise.

Chez Sophonie, il y a un appel bien particulier, il annonce la joie de la venue du Messie. On trouve des appels semblables chez Isaïe et d’autres prophètes, mais c’est dans le texte d’aujourd’hui que l’annonce est la plus claire. Les spécialistes de la bible font remarquer que la parole de l’ange Gabriel à Marie, au jour de l’Annonciation, s’inspire directement de ce prophète : « Réjouis-toi, comblée de grâces, le Seigneur est avec toi ».

 

Attendons-nous vraiment le Seigneur ?

 

Nous ne sommes plus qu’à une dizaine de jours de Noël. Pour cela, la joie devrait retentir dans nos cœurs. C’est l’Eglise d’aujourd’hui, c’est nous qui devons entendre cet appel à la joie. « Réjouis-toi, peuple de Dieu, le Seigneur est tout proche ». En fait, attendons-nous vraiment le Sauveur, le Messie, celui que le Père nous envoie ? Cette attente s’accompagne-t-elle d’une joie différente des autres ?

Un théologien protestant disait : « On peut être un chrétien heureux. D’où vient donc que le christianisme ait la réputation d’une religion triste et qui rend triste ?  Dans le monde tel qu’il est, avec ses guerres, ses injustices, sa peur atomique, (on pourrait ajouter : ses changements climatiques), faut-il avoir honte d’être heureux ?  Notre absence de joie tient-elle au fait que nous sommes chrétiens ou au fait que nous ne le sommes pas assez » ?

Ne l’oublions pas, la joie est d’abord en Dieu lui-même, dans la rencontre des trois personnes divines. Jésus le montre quand «Il exulte de joie », sous l’action de l’Esprit Saint, en s’adressant au Père. Rester dans la tristesse serait un signe du refus de l’action divine dans notre vie. Alors que faire concrètement ?

 

Que devons-nous faire ?

 

L’évangile nous donne la réponse. Les foules qui viennent trouver Jean Baptiste ne vivent ni dans la paix, ni dans la joie. A la question : « Que devons-nous faire », Jean Baptiste suggère pour chacun la réponse qui convient : aux civils, partager ses vêtements et sa nourriture ; aux soldats, rejeter tout autant la violence que le vol.

 

A chaque fois, il donne un conseil qui va dans le sens de la paix. C’est comme s’il disait : « Choisissez toujours la solution qui apportera la paix autour de vous et vous verrez qu’elle vous remplira de joie ».

 La paix du monde, qui repose plus ou moins sur un volcan, est une paix incertaine et inquiète. La paix apportée par Jésus, au contraire, est certaine. Elle est liée directement à sa présence et à sa parole. « Aimer la paix, c’est déjà l’avoir », affirmait saint Augustin.

 

Joie et Paix, fruits de l’Esprit

 

La joie et la paix sont des dons de Dieu. Elles sont même le fruit de l’Esprit Saint. Si nous manquons de joie, nous ne pouvons pas être artisans de paix, parce que nous n’avons pas assez ouvert notre cœur à l’amour de Dieu. Etre dans la joie est le meilleur signe que le Seigneur est avec nous. Nous fêterons sa venue à Noël, mais rappelons-nous qu’il est toujours avec nous, à longueur d’année.

Saint Paul, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture nous invite à la joie, pas spécialement parce que « le Seigneur est proche ». Ce n’est pas la fête de Noël qu’il annonce, mais la venue permanente de Jésus ressuscité qui s’invite chez nous, pour calmer nos inquiétudes et nous apporter la paix.

Rayonner de cette joie, à chaque instant et, plus spécialement à quelque jours de Noël, est pour nous le moyen le plus sûr de montrer à tous que le Seigneur qui comble notre vie est proche. Il vient partager notre vie.

 

Dans l’esprit de François de Sales

 

Même si nous sommes éprouvés par toutes sortes de croix, la joie profonde sera au fond de notre cœur. C’est ce qu’écrivait, de Thonon, François de Sales à Jeanne de Chantal, revenue à Dijon, à la mort de son père pour régler des affaires de succession pour le bien de ses enfants. C’était le 14 septembre 1611, la date est importante. A l’époque déjà, on célébrait, ce jour, la fête de la Croix Glorieuse : « Remplissons notre cœur  de courage et faisons désormais au mieux pour nous avancer dans l’amour de Dieu. Ce grand ami de notre cœur  ne le remplit de désirs que pour le combler d’amour, comme il ne charge les arbres de fleurs que pour les recharger de fruits ». (XV, 102)

 

Conclusion

 

La joie et la paix ne sont pas pour plus tard dans « un paradis toujours remis au lendemain », puisque tout nous est donné par le Christ qui est présent au cœur de toute la création. C’est aujourd’hui que nous pouvons commencer à être dans la joie, pour bâtir la paix. Mais, aujourd’hui, nous n’avons pas la totalité de ce qui nous est promis.

La joie chrétienne, base de la paix, c’est peut-être là qu’elle se trouve, lorsqu’un homme a accepté cette situation inconfortable : posséder sans être attaché à ses biens… être aimé sans être comblé… apercevoir le Christ sans le connaître vraiment… s’aimer soi-même sans se détourner des autres…éprouver toutes les détresses du monde, sans en être abîmé…

La joie de vivre dans la paix commence aujourd’hui. Demain, elle sera totale.

 

  

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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 11:49

L’évangile de saint Luc, que nous venons d’entendre, nous situe très bien face au Seigneur, en ce premier dimanche de l’Avent, premier dimanche de l’année liturgique. Le temps de l’Avent, ce n’est pas seulement quatre semaines de préparation à Noël, quatre semaines de préparation liturgique à une grande fête. Notre vie entière est un temps d’Avent, d’attente, de marche à la rencontre du Seigneur.

Rappelez-vous, il y a deux semaines, l’évangile de Marc était pratiquement le même que celui de Luc proclamé aujourd’hui. Le premier et le dernier dimanches nous annoncent la même réalité. Du début à la fin, non seulement de l’année, mais de toute la vie, nous avons à préparer la venue du Seigneur, avec courage, en étant vigilants dans la prière, c’est l’essentiel du message de ce jour.

 

Un monde en détresse ?

 

Nous avons entendu, dans la première lecture, Jérémie annoncer : « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur ». Comment comprendre alors le message de Luc annonçant dans l’évangile des signes dans le ciel, le soleil et les étoiles. Les hommes seront affolés « par le fracas de la mer et de la tempête… ». On croirait entendre le récit d’un film d’épouvante ! Il ne s’agit pas de science-fiction, notre vie est bien réelle. Nous sommes tous affrontés à beaucoup de problèmes. On entend dire, par exemple, « Où va-t-on ? Que va-t-il encore arriver ? J’aime mieux ne pas y penser ». A l’annonce d’une mauvaise nouvelle, on dit : « J’ai eu l’impression que tout s’écroulait autour de moi, que la terre se dérobait sous mes pieds », ce sont les cataclysmes décrits dans l’évangile.

L’histoire des hommes, l’histoire collective de l’humanité, notre propre histoire  comporte un aspect dramatique indiscutable. Pensez  aux guerres, aux injustices, aux accidents qui déciment des familles ou sont causes de handicaps à vie. Il n’est pas question de minimiser ces terribles réalités qui sont importantes. Mais, dans l’évangile, Luc s’intéresse moins aux cataclysmes extérieurs qu’à ce qui se passe dans le cœur des hommes.

 

Invitation à l’espérance

 

Les situations dramatiques peuvent être invitation à l’espérance. «On verra le fils de l’homme venir dans la nuée ». Il faut savoir que dans la bible, la nuée est le signe de la présence de Dieu. « Redressez-vous, dit encore Jésus, relevez la tête votre délivrance est proche ». L’espérance renaît  quand on devine la proximité d’une délivrance, d’une libération. L’espérance s’affermit quand on reconnaît le Christ qui vient,  bien sûr, si on est vraiment disciple.

Luc propose trois comportements importants au disciple qui veut espérer : relever la tête, se tenir sur ses gardes et prier en tout temps, dans toutes les circonstances.

 

Relevez la tête

 

On imagine parfois les chrétiens comme un troupeau de moutons, qui baissent l’échine en se serrant les uns contre les autres parce qu’ils ont peur d’affronter la vie. Quelle caricature !

Le message de Jésus est tout autre : Ne vous laissez pas écraser, relevez la tête, c’est-à-dire, prenez à bras le corps vos difficultés ; il ne s’agit pas de fuir les réalités de la vie.

Le Christ veut des hommes debout. Pour y parvenir marchons à sa suite, à sa rencontre. Il nous a tracé le chemin de la croix, c’est vrai, mais surtout, celui de l’espérance et de la vie. Relevez donc la tête, oui, mais attention !

 

Soyez sur vos gardes

 

      Pour dire que le Seigneur arrive à l’improviste, Luc emploie une comparaison très parlante. « Comme un filet, il s’abattra sur tous les hommes de la terre » !

Pour aller à la rencontre du Seigneur, il y a des précautions à prendre à commencer par éviter tout ce qui avilit l’homme : « la débauche, l’ivrognerie et les trop gros soucis de la vie ». En positif, il faut être attentifs, vigilants pour ne pas se laisser engourdir par la peur ou la paresse.

 

Tenez-vous éveillés

 

Priez en tout temps, c’est la troisième consigne. Prier, c’est le meilleur moyen de garder le contact avec celui qui doit être le tout de notre vie. Vivez dans la joie comme la fiancée qui attend l’époux qui vient. Cette image est très biblique.

C’est pratiquement ce qu’écrivait saint Paul, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, « Que le Seigneur vous donne entre vous et à l’égard de tous les hommes un amour de plus en plus intense, débordant …. Qu’ainsi, il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche devant Dieu notre Père, pour le jour où le Seigneur viendra avec tous les saints ».

 

 François de Sales

 

 Avec son équilibre habituel, nous invite, dans son Traité de l’Amour de Dieu, à attendre le retour du Seigneur en disant : «Nous n’avons point de plaisir sans mélange de quelque douleur, point de roses sans épines, point de jour sans la suite d’une nuit, point de printemps sans qu’il soit précédé de l’hiver… en terre où les consolations sont rares et les travaux innombrables. Néanmoins,…que votre volonté fasse par nous, pour nous, en nous et de nous tout ce qui lui plaira ». (V, 112 ou Pléiade P. 761)

 

Conclusion

 

Lever la tête, être sur ses gardes, prier, voila trois aspects de la même attitude fondamentale qui sera la nôtre en ce temps de l’Avent : celle des veilleurs dans l’attente joyeuse de Noël, et surtout dans l’attente pleine d’espérance de la fin des temps. Que ce temps soit pour nous appel à une rencontre, à une expérience personnelle de Dieu. Non seulement il était, non seulement il vient, il est déjà là, aujourd’hui avec nous, pour nous donner sa vie pour toujours.

 

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Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /2009 21:19

2009 – Rameaux et Passion

 

Deux paroles d’espérance

 

Le récit de la Passion est suffisamment éloquent et ne demande pas de longs commentaires. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne nous laisse pas indifférents. Il nous émeut toujours. Nous pensons que Jésus ne méritait pas de telles souffrances. Mais, nous savons qu’il a accepté de mourir, pour nous, pour que nous puissions trouver la vraie vie.

Le prophète Isaïe avait annoncé sa passion, nous l’avons entendu dans la première lecture : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient ». Quant à saint Paul, il écrit aux Philippiens : « Il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix », comme nous venons de l’entendre, dans la deuxième lecture.

Du long récit de la Passion selon saint Marc, arrêtons-nous seulement  à deux évènements importants : le reniement de Pierre  et l’heure de la mort de Jésus.

 

Le reniement de Pierre

 

Jésus avait prophétisé le reniement de Pierre : « Vraiment, je te le dis ; toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois ». Nous sentons bien toute la tristesse qui habitait le cœur de Jésus, à ce moment-là. Celui qu’il avait choisi, sur la foi duquel il avait promis de bâtir son Eglise, qui, à l’instant même, faisait profession d’une fidélité à toute épreuve, voilà qu’il allait se montrer le plus lâche des douze, après Judas !

Il y a chez Jésus une terrible lucidité sur la capacité des plus proches de ses amis à lui rester fidèles. Saint Jean dira, dans sa première lettre : « Si nous disons : « Nous n’avons pas de péché », nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous ». Mais, précisémént Jésus est venu parce que nous sommes pécheurs. Il nous l’a dit lui-même : « Je ne suis pas venu appeler les juste, mais les pécheurs ».

Tirons-en tout de suite une conclusion pour nous-mêmes. Nous aussi, nous affirmons notre amour pour le Seigneur. Nous ne serions pas à la basilique, ce matin, si ce n’était pas le cas ! Et puis, dans une heure, rentrés chez nous, nous nous surprendrons peut-être  à oublier sa présence, à agir comme si nous ne l’avions pas rencontré !

Souvenons-nous alors que c’est à ce même Pierre que Jésus confiera la charge d’être le pasteur de ses brebis. C’est qu’il est capable, lui le renégat, de nous donner le modèle d’une fidélité, d’une confiance, et d’un pardon, au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Quel réconfot pour nous si souvent tentés de penser que tout est irrémédiablement perdu !

 

L’heure de la mort de Jésus

 

La deuxième scène importante à souligner dans le récit de la Passion est celle des dernières paroles de Jésus, à l’heure de sa mort.

Au premier abord, elles sont mystérieuses. L’évangile dit : « Jésus cria d’une voix forte : Eloï, Eloï, lama sabactani ? Ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ? Ces mots, nous le savons, sont tirés  du  premier verset du Psaume 22 qui se termine par un cri de confiance. Jésus a peut-être récité le psaume en entier dont l’évangéliste n’aurait retenu que le premier verset. Quoi qu’il en soit, cela montre que Jésus a dû descendre jusqu’ au fond de la désespérance humaine pour y déposer la plénitude de l’amour.

S’il n’avait pas éprouvé, dans sa conscience humaine, ce vide, ce sentiment d’être abandonné même de son Père, nous pourrions dire que notre nuit resterait à jamais noire. Jésus est allé jusqu’au bout de l’épreuve. Son cri fonde notre Espérance en la Résurrection.

 

Conclusion

 

François de Sales,  dans l’avant-dernier chapitre de son Traité de l’Amour de Dieu, nous permet d’illustrer magistralement, la Parole de Dieu de ce jour. Il s’adresse personnellement à celui qu’il appelle Théotime, ce qui signifie « celui qui craint ou plutôt qui vénère Dieu ». Nous pouvons revevoir, personnellement pour nous, ce message de notre grand saint :

« Ne savez-vous pas que le grand-prêtre de la Loi portait, sur ses épaules et sur la poitrine, les noms des enfants d’Israël, c’est-à-dire, des pierres précieuses sur lesquelles les noms des chefs d’Israël étaient gravés.

Voyez-vous Jésus, regardez-le, considérez qu’il nous portait sur ses épaules, acceptant la charge de nous racheter par sa mort et la mort de la croix. Ô Théotime ! Cette âme du Sauveur nous connaissait tous, par nom et surnom, surtout  au jour de sa Passion, lorsqu’il offrait ses larmes, ses prières, son sang et sa vie pour tous. Il lançait, en particulier pour vous, ces pensées de dilection : « Ô mon Père éternel, je prends à moi et me charge de tous les péchés du pauvre Théotime, pour souffrir les tourments de la mort, afin qu’il en demeure quitte et qu’il vive, que je sois crucifié, pourvu qu’il soit glorifié » ! (V, 344 ou La Pléiade P. 970-971)

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Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /2009 11:29

2009 – Carême 4.

 

Levez les yeux !

 

L’évangile commence par une invitation à « regarder », à « lever les yeux » vers deux images, deux signes, le serpent de Moïse et surtout la Croix du Christ. Vous en avez l’évocation au pied de l’autel, dans la décoration florale.

 

Le serpent de Moïse

 

  Saint Jean part d’un souvenir biblique. Rappelez-vous, au cours des quarante ans de marche à travers le désert, les Hébreux furent attaqués par des serpents venimeux, « à morsure brûlante », comme le rapporte le Livre des Nombres. Pour lutter contre ce mal terrible, Moïse fit faire un serpent de bronze qu’on élevait au sommet d’une perche. C’est un signe mythologique, qu’on peut voir, encore aujourd’hui, sur les pare-brise des voitures des docteurs, c’est leur emblème qu’on appelle le caducée.

Dans le Livre de la Sagesse, on peut lire : « Celui qui tournait les yeux vers ce signe élevé (le serpent de bronze) était sauvé, non pas par l’objet regardé, mais par Toi, Seigneur, Sauveur de tous ».

Il faut souligner, déjà  à travers l’interprétation du Livre de la Sagesse, qu’il ne s’agissait pas, pour les Hébreux, d’un geste automatique et magique. Le regard ne sauve pas par lui-même, il n’est pas un porte-bonheur !  Il est signe de foi. Il met en évidence que l’homme se tourne vers son Dieu, qu’il se convertit.

Ce qui était vrai pour le serpent de bronze l’est tout autant, pour nous aujourd’hui, pour les statues, les médailles, les crucifix. Ce ne sont pas des signes magiques, ils sont appels à la conversion.

 

La croix du Christ

 

Saint Jean nous invite à regarder le Christ en Croix. Il faut lire attentivement ce texte. Avez-vous remarqué qu’il ne fait aucune allusion au crucifié ! Il dit : « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé ». Pour lui, Jésus élevé sur la Croix est, aussi et surtout, élevé à la Gloire du Père, par sa Résurrection et son Ascension.

Jean a été, le seul des douze apôtres, présent au pied de la Croix, le Vendredi-Saint. Il n’a certainement jamais oublié ce jour et le spectacle auquel nous sommes trop habitués. Il écrit son évangile quelques soixante-dix ans plus tard et l’image qu’il nous donne est le fruit d’une longue et profonde méditation.

 Dans la lecture du bréviaire de ce jour, on nous propose un commentaire de saint Augustin qui explicite très bien l’idée de saint Jean : « Dans la mort du Christ, la mort est morte, en mourant, la Vie a tué la mort, la plénitude de la Vie a englouti la mort, la mort a été absorbée dans le Corps du Christ… Regardons le Christ en Croix, pour obtenir la vie éternelle ».

La Croix et la Pâque du Christ sont le même mystère exprimé par ce mot à double sens : « Jésus a été élevé de terre ». En somme l’Ascension commence le Vendredi-Saint !

Nous, nous continuons toujours à attendre que Dieu montre sa Gloire, dans des évènements éclatants et spectaculaires. C’est toujours la même tentation que le démon a présentée à Jésus au désert, et  que nous présentons à Dieu, nous, si avides de sensationnel. Ce qu’il faut demander au Seigneur, c’est de mieux découvrir la signification de la Croix.

Jean, qui a été témoin du crucifiement  et de la mort du Christ  veut nous faire comprendre que la Croix, c’est la Gloire de Dieu, c’est l’annonce de notre propre Gloire.

 

 

La Gloire du Christ

 

Rappelons-nous d’autres passages de l’évangile. Quand Judas sortira du Cénacle, pour vendre son Maître, Jésus dira : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié ». Au soir du triomphe apparent des Rameaux, Il dira : « Elle est  venue l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié ».

La contemplation, à la fois, de la Croix et de la Glorification du Christ est très importante. Il  faut « lever les yeux », c’est-à-dire contempler, prier Celui qui est élevé entre ciel et terre et découvrir, qu’en mourant librement sur la Croix, il nous montre le sommet de l’Amour, le sien et celui de son Père. Il donne la plus grande preuve d’Amour.

Il faut même aller plus loin. L’Amour extrême qui, si l’on peut dire, dévore le cœur du Christ, est lui-même le signe d’un autre Amour extrême, celui du Père : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Il est très important, plus que jamais, de nous appuyer sur cette Parole de l’évangile, la plus traditionnelle, je dirais, la plus salésienne qui soit.

François de Sales, disait, vers la fin de sa vie : « Les serpenteaux qui piquaient les Hébreux, donnaient des  inflammations mortelles à ceux qui en étaient blessés. Pour guérir, il fallait regarder l’image du serpent élevé au désert, c’est-à-dire  l’image de Notre Seigneur, qui n’est pas pécheur, mais qui porte l’image du pécheur, sur la Croix.

L’amour ne méprise pas les moyens humains, mais il ne se confie nullement en eux. L’amour humain va partout, cherchant des moyens pour obtenir ce qu’il aime, l’argent, les belles paroles, les belles contenances… L’amour divin, sachant que pour obtenir ce qu’il aime, le principal moyen est d’aimer à la manière de Dieu, en donnant sa vie ». (XXVI, 49)

 

L’amour du Christ

 

Dieu a aimé le monde. Il aime tous les hommes. Il les veut heureux. Il les appelle tous à la sainteté. Il faudrait crier cette Bonne Nouvelle à tous ceux qui sont tentés aujourd’hui par un pessimisme qui paralyse et qui fait dire : « Satan dirige le monde… ce monde est pourri …il n’y a plus rien à faire … il y a partout une dépravation morale… et j’en passe !

Si nous étions plus attentifs au message de ce jour, notre réaction serait bien différente ! Dieu voit tout cela et il aime ce monde tel qu’il est. Il ne se résigne pas au mal. Il veut sauver tous les hommes. Il est passionné par sa création inachevée ou défigurée par l’homme. Le pape Benoît XVI ne cesse de le proclamer. Malheureusement on déforme sa pensée en lui faisant dire le contraire de ce qu’il dit !

Le monde n’est pas absurde ! Jésus, Fils de Dieu, a jeté un regard d’amour sur lui et il est allé jusqu’au bout, en donnant sa vie, pour que ce monde soit glorifié. C’est pratiquement ce qu’écrivait saint Paul aux Ephésiens, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture :

« Par sa bonté pour nous, dans le Christ Jésus, Dieu voulait montrer, au long des âges futurs, la richesse de sa Gloire ».

 

Conclusion

 

Plutôt que de gémir sur notre monde et de suivre « les prophètes de malheur », comme les Hébreux levaient les yeux vers le serpent de bronze, levons les yeux vers le Christ « élevé de terre ». Comme lui, soyons prêts à remplir la mission qui nous est confiée, donner notre vie au service de Dieu, c’est-à-dire au service de tous nos frères, dans le monde d’aujourd’hui. Disons-lui, en toute vérité, comme nous le chanterons à la sortie de la messe :

« Fais paraître ton jour, que l’homme soit sauvé » 

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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /2009 14:56

2009 – Carême 3.

 

Le vrai Temple

 

Nous venons d’entendre un évangile que nous pensons bien connaître. En fait, il est difficile d’en déceler le message essentiel. En général, nous nous arrêtons au récit de Jésus, fouet en main, chassant les « marchands du Temple ».

Les vendeurs et les changeurs étaient-ils de mauvaises personnes ? Certainement pas ! Au contraire, ils rendaient service aux fidèles venant de loin et qui étaient heureux de trouver, sur place, sur l’esplanade, aux alentours du sanctuaire, on dirait aujourd’hui, un « centre commercial », pour se procurer ce qui était indispensable en vue du sacrifice à offrir.

Ils pouvaient ainsi répondre à la demande formulée sur le Mont Sinaï, comme l’a rapporté la première lecture : «Je suis le Seigneur ton Dieu…Tu n’auras pas d’autres dieux que moi ». 

 

Un cœur filial

 

Nous aurions tort d’en rester à une lecture superficielle de cet évangile, surtout si nous l’appliquons aux autres ! Il est facile de s’indigner, en parole, sans se compromettre, sur l’argent … sur « les bruits de l’argent autour de l’autel » …sur l’importance du profit dans l’économie de l’occident … Il est facile de critiquer la « société de consommation » dont nous bénéficions largement !

Que Jésus ait vécu pauvrement, c’est vrai. Qu’il se soit indigné contre les riches … de la trop grande place de l’argent, y compris dans le Temple, c’est certain. Il a fait le ménage dans la « maison de Dieu » ! Mais, l’essentiel de cette page d’évangile n’est pas là.

Jésus veut nous faire comprendre que ce qui est premier, ce ne sont pas les gestes extérieurs que nous faisons, l’offrande de colombes, de brebis ou de bœufs. Ce qui est premier, ce ne sont pas les sacrifices ou les holocaustes, on ne cesse de le répéter tout au long de l’Ancien Testament. Ce qui est premier, ce n’est pas d’obéir à des lois pour être en règle.

Ce qui est premier, c’est l’amour, avec un cœur filial, que nous mettons dans nos démarches d’hommes et de chrétiens, dans nos relations avec notre Père des cieux. C’est pour cela, qu’avec une certaine violence, Jésus dit : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ».

 

François de Sales

 

Pour illustrer magnifiquement la violence de Jésus, dans son Traité de l’Amour de Dieu, a pris l’image de la mère poule ! « Voyez quel amour, quel soin et quelle jalousie, une mère poule a pour ses poussins... La poule est une poule, c’est-à-dire un animal sans courage ni générosité quelconque tandis qu’elle n’est pas mère. Mais, quand elle l’est devenue, elle a un cœur de lion, toujours la tête levée, toujours les yeux hagards, toujours elle va roulant sa vue de toutes parts, pour peu qu’il y ait apparence de péril pour ses petits. Il n’y a ennemi aux yeux duquel elle se jette pour la défense de sa chère couvée, pour laquelle elle a un souci continuel qui la fait toujours aller  gloussant et plaignant. Si l’un de ses poussins périt, quel regret, quelle colère ! C’est la jalousie des pères et des mères pour leurs enfants, des pasteurs pour leurs ouailles et des frères pour leurs frères » (V, 216-17 ou La Pléiade, P. 854)

Vous avouerez que cette comparaison de François de Sales explique très bien la réaction de Jésus. Par amour, il se montre exigeant, pour nous faire comprendre que le Temple de Jérusalem, ce n’est pas tout, ce n’est que l’annonce du Temple nouveau qu’il est, lui-même. « Un messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens », comme dit saint Paul, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture.

Jésus Temple de Dieu

 

Nous, nous connaissons bien l’expression « la maison du Père », mais, mettons-nous à la place des vendeurs du Temple. Pour Jésus les choses vont se compliquer. Il ne sera pas compris. Pour eux, le Temple, c’est sacré ! Le Saint des Saints, surtout, c’est tabou ! Seul le Grand Prêtre y entre, et encore, une seule fois par année ! De quel droit, ce petit charpentier de Nazareth peut-il se permettre de dire : « C’est la maison de mon Père ». Par le fait même ce sera sa maison à lui, le Fils.

Déjà  quand il avait douze ans, il avait dit, au Temple : « Ne savez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père » ? Personne n’avait rien compris, pas même Marie, sa mère.

Rien d’étonnant à ce que les Juifs lui disent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ».  Jésus répond : « Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai ». Alors là, il s’enfonce encore davantage, c’est l’incompréhension totale !

Pour les Juifs, le sanctuaire est le lieu de la présence divine, c’est l’orgueil de la nation, on avait mis quarante six ans pour le construire. Le Temple, c’est le seul lieu de pèlerinage où des millions de pèlerins viennent, chaque année.

Jésus, qui veut démolir le Temple, passe pour un blasphémateur. On mettra en avant ce grief, pour le condamner à mort. Le récit de la Passion nous le rappellera  bientôt.

 

Le Corps du Christ

 

Nous arrivons au centre du message de l’évangile de ce jour. Saint Jean commente : « Le Temple dont il parlait, c’était son Corps ». Comment comprendre cette expression ? Jésus sait qui il est, le Fils de Dieu. Il est, si l’on peut dire, par excellence, le « lieu de la présence de Dieu » que le sanctuaire du Temple de Jérusalem ne faisait que préfigurer. C’est dans ce sens qu’il est « le nouveau Temple », c’est-à-dire, le lieu du nouveau culte.

Jean Baptiste l’avait présenté comme Agneau de Dieu sacrifié pour le salut du monde. Dans quelques semaines, la veille du « Grand Sabbat » des Juifs, à l’heure même où l’on offrira des animaux en victimes dans le Temple, tout près, sur le Calvaire, Jésus sera immolé. Par son Corps immolé, il remplace tous les sacrifices et, en quelque sorte, il rend inutile le sanctuaire de Jérusalem. Le rideau qui cachait le Saint des Saints peut se déchirer.

Vous vous rendez compte de tout ce qu’il y a de sous-entendu dans le récit de l’évangile de ce jour ! Au début du texte, il était question de la Pâque des Juifs et à la fin, il est question de la Pâque du Christ. Jésus réalise tout ce qui était annoncé. Depuis sa résurrection, le « lieu de la présence de Dieu », ce n’est plus seulement une maison de pierre, c’est Quelqu’un ! C’est le Corps du Christ dont nous sommes les membres. C’est un grand mystère ! Un mystère à accueillir dans la foi.

 

Conclusion

 

« Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu et que l’Esprit Saint habite en vous », écrivait saint Paul aux chrétiens de Corinthe. C’est le message essentiel de l’évangile du jour. Il faut dépasser l’imagerie simpliste de Jésus maniant le fouet, pour bien comprendre ce que le Seigneur attend de nous. Ne nous contentons pas « d’assigner Dieu à résidence » dans nos sanctuaires, dans nos tabernacles, où il risquerait d’être mis à part, rejeté du monde, hors de nos vies. Il est présent dans nos églises, nous l’affirmons avec foi, mais rendons le  présent aussi, partout où nous vivons. C’est notre mission de membres du Corps du Christ.

A cette condition, nous pourrons chanter en vérité, à l’envoi de la messe : « Peuple de l’Alliance, ton Dieu te fait signe, va crier son nom sur les chemins du monde, va planter la paix aux carrefours du monde ».

- Publié dans : Homélies du Père Mercier
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