Saint François de Sales Provence-Méditerranée
Bienvenue sur le blog de l'Association Saint François de Sales Provence-Méditerranée.
Notre devise : "L'Amour est le plein accomplissement de la loi" (Rm13, 10).
Alors, "Soyons ce que nous sommes et soyons le bien", selon les propres mots de notre Saint
Patron.
| Mars 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||
2009 – Carême 3.
Le vrai Temple
Nous venons d’entendre un évangile que nous pensons bien connaître. En fait, il est difficile d’en déceler le message essentiel. En général, nous nous arrêtons au récit de Jésus, fouet en main, chassant les « marchands du Temple ».
Les vendeurs et les changeurs étaient-ils de mauvaises personnes ? Certainement pas ! Au contraire, ils rendaient service aux fidèles venant de loin et qui étaient heureux de trouver, sur place, sur l’esplanade, aux alentours du sanctuaire, on dirait aujourd’hui, un « centre commercial », pour se procurer ce qui était indispensable en vue du sacrifice à offrir.
Ils pouvaient ainsi répondre à la demande formulée sur le Mont Sinaï, comme l’a rapporté la première lecture : «Je suis le Seigneur ton Dieu…Tu n’auras pas d’autres dieux que moi ».
Un cœur filial
Nous aurions tort d’en rester à une lecture superficielle de cet évangile, surtout si nous l’appliquons aux autres ! Il est facile de s’indigner, en parole, sans se compromettre, sur l’argent … sur « les bruits de l’argent autour de l’autel » …sur l’importance du profit dans l’économie de l’occident … Il est facile de critiquer la « société de consommation » dont nous bénéficions largement !
Que Jésus ait vécu pauvrement, c’est vrai. Qu’il se soit indigné contre les riches … de la trop grande place de l’argent, y compris dans le Temple, c’est certain. Il a fait le ménage dans la « maison de Dieu » ! Mais, l’essentiel de cette page d’évangile n’est pas là.
Jésus veut nous faire comprendre que ce qui est premier, ce ne sont pas les gestes extérieurs que nous faisons, l’offrande de colombes, de brebis ou de bœufs. Ce qui est premier, ce ne sont pas les sacrifices ou les holocaustes, on ne cesse de le répéter tout au long de l’Ancien Testament. Ce qui est premier, ce n’est pas d’obéir à des lois pour être en règle.
Ce qui est premier, c’est l’amour, avec un cœur filial, que nous mettons dans nos démarches d’hommes et de chrétiens, dans nos relations avec notre Père des cieux. C’est pour cela, qu’avec une certaine violence, Jésus dit : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ».
François de Sales
Pour illustrer magnifiquement la violence de Jésus, dans son Traité de l’Amour de Dieu, a pris l’image de la mère poule ! « Voyez quel amour, quel soin et quelle jalousie, une mère poule a pour ses poussins... La poule est une poule, c’est-à-dire un animal sans courage ni générosité quelconque tandis qu’elle n’est pas mère. Mais, quand elle l’est devenue, elle a un cœur de lion, toujours la tête levée, toujours les yeux hagards, toujours elle va roulant sa vue de toutes parts, pour peu qu’il y ait apparence de péril pour ses petits. Il n’y a ennemi aux yeux duquel elle se jette pour la défense de sa chère couvée, pour laquelle elle a un souci continuel qui la fait toujours aller gloussant et plaignant. Si l’un de ses poussins périt, quel regret, quelle colère ! C’est la jalousie des pères et des mères pour leurs enfants, des pasteurs pour leurs ouailles et des frères pour leurs frères » (V, 216-17 ou La Pléiade, P. 854)
Vous avouerez que cette comparaison de François de Sales explique très bien la réaction de Jésus. Par amour, il se montre exigeant, pour nous faire comprendre que le Temple de Jérusalem, ce n’est pas tout, ce n’est que l’annonce du Temple nouveau qu’il est, lui-même. « Un messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens », comme dit saint Paul, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture.
Jésus Temple de Dieu
Nous, nous connaissons bien l’expression « la maison du Père », mais, mettons-nous à la place des vendeurs du Temple. Pour Jésus les choses vont se compliquer. Il ne sera pas compris. Pour eux, le Temple, c’est sacré ! Le Saint des Saints, surtout, c’est tabou ! Seul le Grand Prêtre y entre, et encore, une seule fois par année ! De quel droit, ce petit charpentier de Nazareth peut-il se permettre de dire : « C’est la maison de mon Père ». Par le fait même ce sera sa maison à lui, le Fils.
Déjà quand il avait douze ans, il avait dit, au Temple : « Ne savez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père » ? Personne n’avait rien compris, pas même Marie, sa mère.
Rien d’étonnant à ce que les Juifs lui disent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ». Jésus répond : « Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai ». Alors là, il s’enfonce encore davantage, c’est l’incompréhension totale !
Pour les Juifs, le sanctuaire est le lieu de la présence divine, c’est l’orgueil de la nation, on avait mis quarante six ans pour le construire. Le Temple, c’est le seul lieu de pèlerinage où des millions de pèlerins viennent, chaque année.
Jésus, qui veut démolir le Temple, passe pour un blasphémateur. On mettra en avant ce grief, pour le condamner à mort. Le récit de la Passion nous le rappellera bientôt.
Le Corps du Christ
Nous arrivons au centre du message de l’évangile de ce jour. Saint Jean commente : « Le Temple dont il parlait, c’était son Corps ». Comment comprendre cette expression ? Jésus sait qui il est, le Fils de Dieu. Il est, si l’on peut dire, par excellence, le « lieu de la présence de Dieu » que le sanctuaire du Temple de Jérusalem ne faisait que préfigurer. C’est dans ce sens qu’il est « le nouveau Temple », c’est-à-dire, le lieu du nouveau culte.
Jean Baptiste l’avait présenté comme Agneau de Dieu sacrifié pour le salut du monde. Dans quelques semaines, la veille du « Grand Sabbat » des Juifs, à l’heure même où l’on offrira des animaux en victimes dans le Temple, tout près, sur le Calvaire, Jésus sera immolé. Par son Corps immolé, il remplace tous les sacrifices et, en quelque sorte, il rend inutile le sanctuaire de Jérusalem. Le rideau qui cachait le Saint des Saints peut se déchirer.
Vous vous rendez compte de tout ce qu’il y a de sous-entendu dans le récit de l’évangile de ce jour ! Au début du texte, il était question de la Pâque des Juifs et à la fin, il est question de la Pâque du Christ. Jésus réalise tout ce qui était annoncé. Depuis sa résurrection, le « lieu de la présence de Dieu », ce n’est plus seulement une maison de pierre, c’est Quelqu’un ! C’est le Corps du Christ dont nous sommes les membres. C’est un grand mystère ! Un mystère à accueillir dans la foi.
Conclusion
« Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu et que l’Esprit Saint habite en vous », écrivait saint Paul aux chrétiens de Corinthe. C’est le message essentiel de l’évangile du jour. Il faut dépasser l’imagerie simpliste de Jésus maniant le fouet, pour bien comprendre ce que le Seigneur attend de nous. Ne nous contentons pas « d’assigner Dieu à résidence » dans nos sanctuaires, dans nos tabernacles, où il risquerait d’être mis à part, rejeté du monde, hors de nos vies. Il est présent dans nos églises, nous l’affirmons avec foi, mais rendons le présent aussi, partout où nous vivons. C’est notre mission de membres du Corps du Christ.
A cette condition, nous pourrons chanter en vérité, à l’envoi de la messe : « Peuple de l’Alliance, ton Dieu te fait signe, va crier son nom sur les chemins du monde, va planter la paix aux carrefours du monde ».