Dimanche 15 février 2009 7 15 /02 /2009 15:32

2009 – 6 Dim B

 

Un lépreux sur la route

 

La loi évoquée dans la première lecture nous parait excessivement dure pour le lépreux. « Il habitera à l’écart, sa demeure sera hors du camp » !

L’évangile de Marc explicite cette loi terrible. Il met face à face deux hommes bien différents : Jésus et un lépreux dont nous ignorons l’origine et même le nom, comme si sa maladie suffisait à le caractériser. A cette époque, un lépreux était quelqu’un qui, par sa seule rencontre, annonçait une mort affreuse et inéluctable.

Il inspirait la répugnance et la peur, peur physique devant le risque de contagion et aussi peur morale, sociale et même religieuse. On se pose des questions malveillantes. Cet homme ne serait-il pas coupable ? Sa déchéance ne serait-elle pas le signe de son péché et d’une malédiction divine ?

Aujourd’hui, les choses ont-elles vraiment changé ? La rencontre d’un lépreux, ou simplement d’un malade atteint du sida ou même d’un grand cancéreux, nous renvoie aux questions tragiques et fondamentales : Pourquoi tant de mal dans le monde ? Pourquoi la souffrance et la mort ? Jésus ne donne pas de réponses théoriques. Il est venu partager notre souffrance jusqu’au don suprême de sa vie.

 

Jésus touche la misère humaine

 

Jésus, sans hésitations, va à l’encontre de la loi et des préjugés de ses contemporains. Il ne craint pas de toucher le lépreux. Il veut manifester que cet homme, malgré sa maladie, garde toute sa dignité. Il reste digne de pitié et d’amour.

Jésus dépasse la lettre de la loi condamnant le lépreux à la réclusion. Mais, d’autre part, il est fidèle à la loi, en envoyant le malade guéri au prêtre pour que celui-ci fasse un constat de guérison et l’admette à nouveau dans la société et surtout au temple, où il pourra prier son Dieu, avec ses frères.

Jésus veut nous faire comprendre qu’il a partagé notre condition humaine, pour nous libérer de toutes les oppressions, de toutes les peurs, y compris celle de la mort. Il veut des hommes heureux, vivant dans une communauté de frères. Il veut des hommes vivant en intimité avec Dieu, pour toujours.

Dans notre monde actuel, n’y a-t-il pas des « lépreux », des gens qui ont l’impression d’être rejetés par la société et abandonnés de Dieu ? Nous pouvons rencontrer des malades, des vieillards, des handicapés, des gens qui souffrent moralement. Ces épreuves ont des répercussions psychologiques, sociales et même religieuses. Tous ceux qui souffrent sont marqués dans leur corps et souvent aussi, dans leur cœur. Ils ont peur de l’avenir, de la solitude, de l’incompréhension de la part des autres. S’ils sont chrétiens, il leur est parfois impossible de prendre part à la prière de la communauté. Ils ont l’impression d’être comme le lépreux de l’évangile !

 

Jésus accueille les exclus

 

Nous sommes loin de l’attitude du Christ à l’égard du lépreux !  Jésus va au-devant de lui, il n’hésite pas à le toucher. Même avant de le guérir, il le sort de sa solitude. Il ne pense pas à la contagion possible. Il fait fi de l’opinion des gens qui pensent que le lépreux est un paria, un pécheur portant le juste châtiment de ses fautes. Il voit l’homme à sauver, en le guérissant de sa maladie bien sûr, mais surtout, en lui permettant de vivre à nouveau, avec ses frères, et s’il le désire, avec Dieu.

Tout au long de ses années de vie publique, Jésus ne cesse de vouloir sauver ce qui est perdu. Il veut faire vivre ceux qui le cherchent. A tous il annonce : ‘Celui qui croit en moi passe de la mort à la vie ! Venez à moi et vous aurez la vie » !

 Voilà la Bonne Nouvelle, celle que l’ancien lépreux se mit à proclamer et à répandre !

 

Une Bonne Nouvelle pour aujourd’hui

 

Comme le lépreux guéri, disciples du Christ, nous avons tous à proclamer cette même Bonne Nouvelle dans notre monde qui en a bien besoin. Nous avons à rendre actuelle la mission, l’œuvre du Christ. Dans ce but, nous avons à changer la qualité de notre regard sur les hommes de notre temps.

Cessons de ne voir chez les malades ou les personnes âgées que des êtres inutiles, à charge, et sans rendement ! Le pape Benoît XVI, dans son message à la messe des malades à Lourdes, le 15 septembre dernier, parlant du sourire de la Vierge à Bernadette, a dit : « Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures, se reflète notre dignité d’enfants de Dieu, cette dignité qui n’abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est source d’une espérance invincible». A ceux qui servent les malades, il a dit : « Marie vous confie son sourire. Au nom de l’Eglise, puissiez-vous porter son sourire à tous ».

Si notre regard cherche d’abord ce contre quoi il faut nous protéger, nous laissons les gens à leur misère et nous leur refusons le salut. Au contraire, si notre cœur arrive à passer par-dessus nos préjugés et nos peurs, nous sommes de vrais disciples du Christ. Reconnaissons que nous avons tous besoin de conversion, de purification.

 

A la suite de François de Sales

 

Commentant l’évangile de ce jour, François de Sales s’arrête surtout à l’expression du lépreux s’adressant à Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier ».

« Renoncer à soi-même, dit-t-il, n’est autre chose que se purifier de tout ce qui se fait par instinct de notre amour-propre, lequel, nous le savons, produira toujours, tandis que nous serons en cette vie, des rejetons qu’il faudra couper et retrancher, tout ainsi qu’il faut faire à la vigne. Il ne faut pas se contenter d’y mettre une fois la main, mais, il faut la couper en un temps, puis après, la dépouiller de ses feuilles, et ainsi, plusieurs fois l’année, il faut avoir la main à la serpe pour retrancher les superfluités.

Il faut avoir du courage pour ne jamais nous laisser abattre, ni nous étonner de nos imperfections. Tout le temps de notre vie nous est donné pour nous en défaire ». (IX, 16)

 

Conclusion

 

Grâce aux conseils de notre grand saint, nous serons toujours prêts à reconnaître et à entendre les lépreux qui sont près de nous, lépreux du corps ou du cœur ! Ils crient peut-être, ou ils pleurent, ou ils se cachent en silence. N’ayons pas peur de les toucher, de leur ouvrir nos mains et surtout notre cœur. Nous pourrons reconnaître dans leurs plaies celles du Christ.

Que le Seigneur nous en fasse la grâce et nous guide, lui qui la veille de sa mort disait à Thomas l’incrédule : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ».

« Faites comme moi, disait saint Paul aux Corinthiens et il nous le répète aujourd’hui, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés. Prenez-moi pour modèle. Mon modèle à moi, c’est le Christ ».

- Publié dans : Homélies du Père Mercier
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