Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /2009 15:29

2009 – 4. Dim B

 

Il parle avec autorité

 

La première lecture nous l’a rapporté : « Moïse dit au peuple d’Israël : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez…. Et le Seigneur me dit alors : « Je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il dira tout ce que je lui prescrirai ».

 

Un prophète attendu

 

Ce prophète c’est, bien entendu, Jésus, cet homme, dont nous parle l’évangile qui, un jour de sabbat, selon la tradition juive, entre dans la synagogue de Capharnaüm et prend la parole devant un auditoire stupéfait.

Imaginons quelle serait notre surprise si, à ma place aujourd’hui, un étranger de passage, plus ou moins bien habillé, se mettait à commenter les lectures de ce dimanche, à dire des choses nouvelles et à entrer en conflit avec un possédé du démon !

C’est bien ce qui s’est passé à Capharnaüm. Replaçons bien la scène dans le contexte du récit de l’évangile. Jésus vient de choisir ses premiers disciples, Simon, André, Jacques et Jean, pour inaugurer sa vie publique, sa mission. Il n’attend pas, il entre en action tout de suite. Sa première activité, c’est de prendre la parole. Il se rend dans le lieu public de rassemblement et de prière, le jour où tout le monde s’y trouve et il fait l’homélie. « Il enseignait », dit textuellement l’évangile.

Il est important de relever le fait que Jésus s’insère dans la vie religieuse de son temps. Il ne veut pas paraître révolutionnaire, il s’insère dans le culte traditionnel mais il ne s’y enfermera pas. Marc ne nous rapporte que trois prédications de Jésus dans une synagogue et la troisième à Nazareth a failli mal se terminer : on l’a expulsé, purement et simplement mis à la porte ! On le verra le plus souvent prêcher, dehors, sur les routes, dans la campagne, là où vivent les hommes.

 

Un prophète surprenant

 

Dans sa prédication, Jésus suscite l’étonnement. « On est frappé par son enseignement ». La raison est très simple. Les scribes ne faisaient que répéter des leçons apprises par cœur. Jésus, au contraire, se fait remarquer par son autorité, qui vient de l’intérieur de lui-même. Pour le moment, les auditeurs n’en sont qu’à l’étonnement. Ils ne soupçonnent absolument pas  la véritable identité du Fils de Dieu.

Quelle application pratique pouvons-nous faire de ce premier paragraphe de l’Evangile ? S’il nous arrive de parler de Dieu aux enfants ou entre amis, dans un partage d’évangile, comment en parlons-nous ? A la manière des scribes soucieux seulement de répéter sans fautes des formules scolaires bien apprises, des définitions du catéchisme ? Ou bien, sommes-nous des témoins qui ont su intérioriser la Parole de Dieu, nourrir leur foi et qui n’ont pas peur de la montrer, des témoins qui, à la manière de Jean Baptiste, s’effacent devant Celui dont ils parlent.

Comme les auditeurs de Capharnaüm nous sommes incapables d’accueillir d’emblée la Parole de Dieu. Nous avons besoin d’un secours spécial du Seigneur, nous avons besoin de son aide, de sa grâce. C’est ce que va nous révéler, paradoxalement  la deuxième partie de l’évangile.

 

 

Un prophète qui cache son identité

 

On constate que ce sont les démons les premiers à découvrir qui est réellement Jésus. Par leur nature spirituelle, même si elle est faussée, ils sont plus subtils, plus rusés, plus malins que les hommes. Les hommes s’étonnent, s’interrogent.  Les démons, eux, savent et ils disent la vérité. C’est vrai, Jésus est « le Saint, le Saint de Dieu ». Lorsque Jésus entend cette affirmation, il réagit, il menace le possédé, il lui impose le silence.

Pourquoi Jésus ne veut-il pas être reconnu tout de suite ? Pourquoi fait-il taire celui qui affirme la vérité ? Saint Marc, tout au long de son évangile insistera souvent sur ce qu’on appelle « le secret messianique ».

La raison en est bien simple ! Jésus ne veut révéler sa véritable identité de Fils de Dieu, son mystère, que progressivement, afin d’éviter un enthousiasme populaire qui risquerait de tout gâcher. Une révélation trop rapide fausserait le sens exact de sa mission. On risquerait de faire de lui seulement un guérisseur ou un thaumaturge réalisant des exploits.

C’est d’ailleurs les  tentations que le démon lui proposera. Nous en avons le récit chaque année, le premier dimanche de Carême : « Change les pierres en pain…Jette-toi dans le vide…Prosterne-toi devant moi pour que le monde entier t’adore » !

N’avons-nous pas, nous aussi, cette tentation de désirer des manifestations spectaculaires de Dieu ? Qu’il apporte la solution à tous nos problèmes, qu’il nous libère de tel ou tel mal, qu’il écrase le concurrent, qu’il triomphe dans le monde …

Souvent la réponse de Dieu nous déçoit ! Il est contre toute publicité tapageuse ! Nous avons même l’impression que les méchants réussissent tout et que les bons sont souvent des victimes innocentes.

 

Pour nous faire grandir dans la foi

 

Le pape Jean Paul II, il y a une vingtaine d’années, nous donne la réponse, dans sa lettre « La mère du rédempteur ». Il a trouvé une magnifique expression en disant que Marie, debout au pied de la croix, « a apporté un démenti » à l’attente des juifs. Ils attendaient un libérateur de l’occupation romaine et il trouve un crucifié ! Heureusement, il découvre aussi Marie debout, pleine de foi et d’espérance. Pour elle le Fils de Dieu se révèle dans le crucifié ! L’échec apparent, à vues humaines, est le signe de la victoire. Jésus passe par la mort pour trouver et communiquer la Vie. Il est toujours question du grand mystère pascal, base de notre foi et de notre espérance.

Tout cela est toujours vrai pour nous aujourd’hui. Rien ne doit nous effrayer, si nous connaissons le découragement et même le désespoir, le Seigneur ne cesse de se révéler à nous, progressivement. Nous ne pouvons pas tout comprendre, tout d’un coup. Nous sommes comme les auditeurs de la synagogue de Capharnaüm. C’est un enseignement qui nous dépasse. Mais gardons confiance ! Le Christ est toujours plus fort que le mal. Il guérit le possédé, il chasse le démon et il nous invite à accueillir et à partager la vie des fils de Dieu.

 

Conclusion

 

Dans la dernière phrase de sa première lettre aux Corinthiens, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, saint Paul nous dit : « C’est votre intérêt à vous que je cherche, je ne veux pas vous prendre au piège, mais vous proposer ce qui est bien pour que vous soyez attachés au Seigneur sans partage ».

François de Sales, quant à lui, nous dit dans l’un de ses sermons : « Nous nous complaisons au bien que possède celui que nous aimons… prononçant avec un vif ressentiment les paroles de David : « Vous êtes mon Dieu et je m’en suis réjoui ». (IX, 37)

- Publié dans : Homélies du Père Mercier
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