Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /2009 15:12

2009- Epiphanie

 

Le sauveur de tous les hommes

 

« Des mages venus de l’orient, guidés par une étoile, viennent adorer l’enfant », telle est la présentation traditionnelle de la fête de l’Epiphanie, dans l’évangile de saint Matthieu, qui est le seul des quatre évangélistes à relater cette histoire. Il est difficile, sinon impossible, de cerner les contours historiques de ce récit. Qui étaient-ils, ces mages ? La tradition en a fait des rois, ce qui n’est écrit nulle part ! Par contre, nous savons qu’ils étaient savants, astrologues habitués à scruter le ciel et ses étoiles.

Quoi qu’il en soit, nous ne sommes pas face à un reportage, mais devant la foi de la première communauté chrétienne, ce qui ne manque ni d’intérêt ni d’importance. Il faut dépasser la lecture anecdotique du  récit pour arriver à une réflexion de foi.

 

Noël qui éclate

 

Disons d’abord que l’Epiphanie est un mystère. Entendons-nous bien sur le sens de ce mot. Quand on parle de mystère, même chez beaucoup de chrétiens, on pense, ordinairement, qu’il s’agit de choses obscures qu’il ne faut surtout pas chercher à les comprendre ! Il serait plus juste de dire que le mystère est tellement grand qu’il ne peut pas être assimilé par notre intelligence humaine, nous n’aurons jamais fini de le comprendre.

Le mystère est ici une telle accumulation de richesse, de vie, de lumière qu’on ne peut en exprimer le contenu, avec des mots ou des définitions. Et pourtant, il nous faut vivre de ce mystère qui ne sera jamais épuisé. Le récit de Matthieu ne cessera jamais de projeter la lumière sur notre foi, notre espérance, et aussi, sur l’Eglise et sur le monde.

On dit qu’à la Pentecôte c’est « Pâques qui prend feu » ! On peut aussi bien dire de l’Epiphanie que c’est « Noël qui éclate » ! En ce jour, Noël se déploie, prend toute son ampleur pour dire ce qu’il a à révéler à tous les hommes, de tous les temps, de toutes races et de toutes cultures. Il manifeste ainsi son intensité, sa densité, son universalité. Dieu s’est fait  Homme pour sauver tous les hommes.

Inconsciemment peut-être, les hommes du monde entier en sont marqués. Quand nos rues en ville et dans les villages s’enflamment de guirlandes de lumière, n’y a-t-il pas là aussi un signe ? Ne crions pas trop vite au folklore ! Les fêtes chrétiennes ne s’usent pas si vite ! En fait, notre monde est marqué par une civilisation judéo-chrétienne, malgré les efforts déployés pour le nier. Il y a, chez tous les hommes, un fond de foi à réveiller et des comportements à évangéliser.

 

Un appel universel

 

A travers les mages, véritables prophètes, la fête de l’Epiphanie nous fait découvrir une vérité importante. Eux qui n’ont pas eu la révélation de Dieu, comme le Peuple choisi, à travers tout l’Ancien Testament, grâce à leur compétence d’astrologues, ils se laissent guider par une étoile. Ce fait signifie qu’ils relativisent leur puissance, leur pouvoir, leur science, leur richesse, pour découvrir un autre ordre de valeur et de grandeurs.

Ils apportent à l’enfant Dieu, à la crèche, des biens de leur pays et de leur culture. Ainsi sont-ils prophètes d’un ordre mondial où les nations échangeraient et partageraient leurs ressources. Ils annoncent ce qui devrait se réaliser aujourd’hui partout où l’on parle de mondialisation. Il y a en tout homme des richesses humaines qui devraient favoriser la découverte du Dieu fait Homme !

 

 

Comment se fait-il que des mages, ignorant tout de la révélation, puissent se mettre en marche vers le Christ ?  Ils viennent à lui par le biais de l’astrologie, de leurs connaissances scientifiques et même de leur religion. En fait, ils nous permettent de mieux comprendre l’enseignement du Concile Vatican II : Dieu est présent dans toute démarche humaine. Cette affirmation de l’Eglise est importante pour éclairer notre regard sur le cheminement de tant de peuples, de tant de pratiques et de croyances.

Saint Paul, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, nous donne la réponse : « Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même Corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus ».

François de Sales, quant à lui, nous répète sur tous les tons qu’il faut toujours partir de ce qui est inscrit  profondément au fond du cœur, pour éveiller et faire grandir la foi, pour avancer dans la découverte du Christ. Dans ce sens, il écrivait à une religieuse de l’abbaye de sainte Catherine à Annecy, à l’occasion de la fête de l’Epiphanie en 1615 : « Demeurez près de la crèche. Si vous aimez les richesses, vous y trouverez l’or que les mages y ont laissé ; si vous aimez la fumée des honneurs, vous y trouverez celle de l’encens, et si vous aimez les délicatesses des sens, sentez-y la myrrhe odorante qui parfume toute l’étable ». ((XVI, 291)

 

Un message à annoncer

 

En disciple de François de Sales, nous rappelant, sans cesse, de ce qui est pleinement humain, soyons ouverts et accueillants à toutes les valeurs que vivent les hommes d’aujourd’hui. Il faudrait savoir  par coeur le message plein d’espérance que nous avons entendu dans la première lecture : « Elle est venue ta lumière et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi…Lève les yeux et regarde autour de toi. Tous, ils se rassemblent, ils arrivent…ils reviennent de loin… ».

Cette invitation d’Isaïe nous concerne tous. Il est plus que jamais urgent d’ouvrir nos yeux,  nos cœurs et nos esprits, de regarder autour de nous, de scruter les « signes des temps ». Des hommes cherchent, interrogent, se rassemblent. Apparemment, « ils viennent de loin », comme les mages, si on en juge par leur pays, leur langue, la couleur de leur peau, leur culture, leurs idées…. Ils viennent de loin, mais ils cheminent et surtout, ils apportent leur valeur et leur richesse propre. Ils viennent nous enrichir, célébrant, peut-être sans la savoir, discrètement, les richesses de Dieu.

A nous d’être pour eux, « épiphanie », c’est-à-dire manifestation de l’amour universel de Dieu en Jésus, le Christ, Sauveur de tous les hommes.

 

Conclusion

 

Que cette fête de l’Epiphanie soit, pour chacun de nous, le rappel de la mission confiée à tous les disciples du Christ. Vivons dans l’esprit de la Bonne Nouvelle de l’évangile, soyons solidaires de tous nos frères chrétiens pour que tous les hommes soient associés au même héritage et au même Corps, dans le Christ.

Avec les mages, venons sans cesse à la rencontre de Jésus que nous présente Marie, sa Mère et notre Mère, pour lui dire, en tombant à genoux, que c’est lui seul que nous voulons suivre, servir et aimer.

 

- Publié dans : Homélies du Père Mercier
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