Mercredi 24 décembre 2008 3 24 /12 /2008 11:13

2008 – NOËL – nuit

 

Il est né le divin enfant

 

Noël, c’est un mot presque magique, le nom d’un événement qui garde, à travers le monde et à travers les siècles, une fraîcheur étonnante, une nouveauté renouvelée,  grandissante de lumière, d’espérance, de fête, de joie …

Pourtant, voilà une fête difficile à gérer et à célébrer dignement. Notre faiblesse et un certain paganisme ambiant risquent de la déprécier, de l’édulcorer, de lui enlever sa force d’interpellation et de conversion.

Nous avons trop tendance à faire de Noël une fête, d’abord pour les enfants, ou trop exclusivement orientée vers les problèmes humains de pauvreté qui sont préoccupants, c’est vrai, mais, ce n’est pas l’essentiel.

 

Noël, Dieu avec nous

 

Toutes les lectures que nous venons d’entendre nous mettent à l’abri des déviations ou des réductions abusives. Noël, c’est avant tout le grand mystère de Dieu qui vient partager notre condition humaine. On peut dire que le ciel et la terre se rencontrent, à Noël.

Depuis des millénaires, Isaïe nous a préparés à la naissance de Jésus, comme l’aboutissement, l’accomplissement d’une longue marche humaine, en quête d’amour, de lumière et de liberté : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie…Oui ! Un enfant nous est né, un fils nous a été donné… Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers ».

Dans ce même ordre d’idée, Paul souligne l’ampleur de ce salut, de cette libération pour toute l’humanité. Il écrit à son disciple Tite : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les  hommes… Jésus, le Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur, s’est donné pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien ».

Quant à Luc, dans l’évangile, il annonce déjà comment Jésus va sauver tous les hommes. Il est venu partager notre vie sur terre. Comme tout homme il connaîtra la mort. Mais, il sera plus fort que la mort il ressuscitera pour trouver, et nous donner, la vie qui ne finit pas. La lumière de la nuit de Noël annonce déjà la lumière du matin de Pâques.

 

De la crèche à la croix

 

Jésus, de sa naissance à sa mort, ne sera pas reconnu comme l’envoyé du Père, il sera ignoré, rejeté par la plupart. Et pourtant il est né, nous dit l’évangéliste, au cours d’un recensement « de toute la terre », comme pour souligner le caractère universel de cette naissance, qui pourtant, en son temps, n’a dérangé personne.

Autre contraste : celui qui étant Dieu se fait homme, naît sous le règne d’un homme qui se fait appeler Dieu : César Auguste.

Un autre détail important souligne le lien entre Noël et Pâques. Celui qui, par sa Parole et sa vie donnée, va devenir nourriture du monde, dans l’eucharistie, est couché dans une mangeoire.

Enfin, il faut souligner la priorité accordée aux pauvres et aux petits. Les bergers que tout le monde rejetait, parce qu’ils sentaient mauvais et que, à cause de leurs déplacements continuels, il ne pouvaient pas pratiquer leur religion, sont les premiers avertis : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Ils sont les premiers à croire. Il y a une espèce de complicité entre ces pauvres, ces hommes près de la terre et Dieu. Ils sont spécialistes en météo ! Ils savent reconnaître le temps et les saisons. Ils savent surtout reconnaître les démarches de l’amour.

Celui qui va faire bouger le monde, le voici tout petit, emmailloté, non seulement dans sa layette, mais dans les mailles de toute l’histoire du monde.

Le pauvre petit enfant emmailloté de langes connaîtra un jour les bandelettes du tombeau. Celui pour qui il n’y avait pas de place à l’hôtellerie aura à sa mort un tombeau d’emprunt. Il semble bien que, dès Noël, tout rapproche la crèche et la croix. Nous avons raison de chanter le cantique populaire, que nous prendrons à la fin de la messe : « De la crèche au crucifiement, il nous aime inlassablement ».

 

Le signe de l’enfant Dieu

 

Paradoxalement, la fête de Noël qui nous fait lever les yeux vers le ciel, nous ramène à la terre. La gloire de Dieu éclate sur un petit enfant au plus bas de la condition humaine.

On dirait que Dieu craint que nous ne comprenions pas, ou bien que nous le cherchions là où il n’est pas, en dehors de l’Homme, de son histoire, de ses luttes y compris de ses erreurs et de son péché. Au-delà de tout folklore, n’oublions pas l’essentiel. Dieu est avec nous, il habite parmi nous. C’est la grande révélation de cette nuit. En découvrant le visage de Dieu nous pouvons découvrir toute la grandeur et la dignité de l’homme.

François de Sales, citant saint Irénée, pouvait dire : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu ». Dans son homélie, la veille de Noël 1613, il disait : « Que nous sommes heureux si nous visitons ce cher Sauveur de nos âmes ! Nous en recevons une consolation nonpareille, et ainsi que la manne avait le goût qu’un chacun pouvait désirer, de même, chacun peut trouver de la consolation en visitant ce Poupon tout aimable » ! (IX, 11)

 

Conclusion

 

Je vous communique les réflexions du pape Benoît XVI, mercredi denier, à l’audience hebdomadaire, devant 5000 personnes de différents continents : « A Noël, les chrétiens célèbrent un évènement historique qui est un remède à l’absurde… A Noël, nous ne nous limitons pas à commémorer la naissance d’un grand personnage ; nous célébrons quelque chose d’essentiel pour la foi chrétienne… l’évènement du salut qu’on attendait depuis des siècles… Dans l’obscurité de la nuit de Bethléem, s’alluma une grande lumière : le créateur de l’univers s’est incarné, s’unissant de façon indissoluble à la nature humaine, au point d’être réellement « Dieu de Dieu, lumière de lumière » et dans le même temps, homme, vrai homme. »

Dimanche dernier, s’adressant aux familles, il leur disait, ce qui est de circonstance pour toutes nos familles : « La crèche est, dans nos maisons, le signe de la présence de l’amour de  Dieu… Ouvre nos cœurs, Seigneur, afin que nous sachions recevoir Jésus dans la joie, toujours faire ce qu’il demande et le voir en tous ceux qui ont besoin de notre amour ».

Et le pape a conclu en priant, par l’intercession de Marie que « Jésus qui, en naissant apporte la bénédiction aux hommes, soit accueilli dans toutes les maisons du monde ».

 

- Publié dans : Homélies du Père Mercier
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