2009 – Carême 4.
Levez les yeux !
L’évangile commence par une invitation à « regarder », à « lever les yeux » vers deux images, deux signes, le serpent de Moïse et surtout la Croix du Christ. Vous en avez l’évocation au pied de l’autel, dans la
décoration florale.
Le serpent de Moïse
Saint Jean part d’un souvenir biblique. Rappelez-vous, au cours des
quarante ans de marche à travers le désert, les Hébreux furent attaqués par des serpents venimeux, « à morsure brûlante », comme le
rapporte le Livre des Nombres. Pour lutter contre ce mal terrible, Moïse fit faire un serpent de bronze qu’on élevait au sommet d’une perche. C’est un signe mythologique, qu’on peut voir, encore
aujourd’hui, sur les pare-brise des voitures des docteurs, c’est leur emblème qu’on appelle le caducée.
Dans le Livre de la Sagesse, on peut lire : « Celui qui tournait
les yeux vers ce signe élevé (le serpent de bronze) était sauvé, non pas par l’objet regardé, mais par Toi, Seigneur, Sauveur de
tous ».
Il faut souligner, déjà à travers l’interprétation du Livre de la Sagesse, qu’il ne
s’agissait pas, pour les Hébreux, d’un geste automatique et magique. Le regard ne sauve pas par lui-même, il n’est pas un porte-bonheur ! Il est
signe de foi. Il met en évidence que l’homme se tourne vers son Dieu, qu’il se convertit.
Ce qui était vrai pour le serpent de bronze l’est tout autant, pour nous aujourd’hui, pour les statues, les médailles,
les crucifix. Ce ne sont pas des signes magiques, ils sont appels à la conversion.
La croix du Christ
Saint Jean nous invite à regarder le Christ en Croix. Il faut lire attentivement ce texte. Avez-vous remarqué qu’il ne fait aucune
allusion au crucifié ! Il dit : « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé ». Pour lui, Jésus élevé sur la Croix est, aussi
et surtout, élevé à la Gloire du Père, par sa Résurrection et son Ascension.
Jean a été, le seul des douze apôtres, présent au pied de la Croix, le Vendredi-Saint. Il n’a certainement jamais oublié ce jour et le
spectacle auquel nous sommes trop habitués. Il écrit son évangile quelques soixante-dix ans plus tard et l’image qu’il nous donne est le fruit d’une longue et profonde méditation.
Dans la lecture du bréviaire de ce jour, on nous propose un commentaire de
saint Augustin qui explicite très bien l’idée de saint Jean : « Dans la mort du Christ, la mort est morte, en mourant, la Vie a tué la mort, la plénitude de la Vie a englouti la
mort, la mort a été absorbée dans le Corps du Christ… Regardons le Christ en Croix, pour obtenir la vie éternelle ».
La Croix et la Pâque du Christ sont le même mystère exprimé par ce mot à double sens : « Jésus a été élevé de terre ». En somme l’Ascension commence le Vendredi-Saint !
Nous, nous continuons toujours à attendre que Dieu montre sa Gloire, dans des évènements éclatants et spectaculaires. C’est toujours
la même tentation que le démon a présentée à Jésus au désert, et que nous présentons à Dieu, nous, si avides de sensationnel. Ce qu’il faut demander
au Seigneur, c’est de mieux découvrir la signification de la Croix.
Jean, qui a été témoin du crucifiement et de la mort du Christ veut nous faire comprendre que la Croix, c’est la Gloire de Dieu, c’est l’annonce de notre propre Gloire.
La Gloire du Christ
Rappelons-nous d’autres passages de l’évangile. Quand Judas sortira du Cénacle, pour vendre son Maître, Jésus
dira : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié ». Au soir du triomphe apparent des Rameaux, Il dira : « Elle est venue l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié ».
La contemplation, à la fois, de la Croix et de la Glorification du Christ est très importante. Il faut « lever les yeux », c’est-à-dire contempler, prier Celui qui est élevé entre ciel et terre et
découvrir, qu’en mourant librement sur la Croix, il nous montre le sommet de l’Amour, le sien et celui de son Père. Il donne la plus grande preuve d’Amour.
Il faut même aller plus loin. L’Amour extrême qui, si l’on peut dire, dévore le cœur du Christ, est lui-même le signe d’un autre Amour
extrême, celui du Père : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Il est très important, plus que jamais, de
nous appuyer sur cette Parole de l’évangile, la plus traditionnelle, je dirais, la plus salésienne qui soit.
François de Sales, disait, vers la fin de sa vie : « Les
serpenteaux qui piquaient les Hébreux, donnaient des inflammations mortelles à ceux qui en étaient blessés. Pour guérir, il fallait regarder l’image
du serpent élevé au désert, c’est-à-dire l’image de Notre Seigneur, qui n’est pas pécheur, mais qui porte l’image du pécheur, sur la
Croix.
L’amour ne méprise pas les moyens humains, mais il ne se confie nullement en eux. L’amour humain va partout, cherchant des moyens pour
obtenir ce qu’il aime, l’argent, les belles paroles, les belles contenances… L’amour divin, sachant que pour obtenir ce qu’il aime, le principal moyen est d’aimer à la manière de Dieu, en donnant
sa vie ». (XXVI, 49)
L’amour du Christ
Dieu a aimé le monde. Il aime tous les hommes. Il les veut heureux. Il les appelle tous à la sainteté. Il faudrait crier cette Bonne
Nouvelle à tous ceux qui sont tentés aujourd’hui par un pessimisme qui paralyse et qui fait dire : « Satan dirige le monde… ce monde est pourri …il n’y a plus rien à faire … il y a
partout une dépravation morale… et j’en passe !
Si nous étions plus attentifs au message de ce jour, notre réaction serait bien différente ! Dieu voit tout cela et il aime ce
monde tel qu’il est. Il ne se résigne pas au mal. Il veut sauver tous les hommes. Il est passionné par sa création inachevée ou défigurée par l’homme. Le pape Benoît XVI ne cesse de le proclamer.
Malheureusement on déforme sa pensée en lui faisant dire le contraire de ce qu’il dit !
Le monde n’est pas absurde ! Jésus, Fils de Dieu, a jeté un regard d’amour sur lui et il est allé jusqu’au bout, en
donnant sa vie, pour que ce monde soit glorifié. C’est pratiquement ce qu’écrivait saint Paul aux Ephésiens, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture :
« Par sa bonté pour nous, dans le Christ Jésus, Dieu voulait montrer, au
long des âges futurs, la richesse de sa Gloire ».
Conclusion
Plutôt que de gémir sur notre monde et de suivre « les prophètes de malheur », comme les Hébreux levaient les yeux vers le
serpent de bronze, levons les yeux vers le Christ « élevé de terre ». Comme lui, soyons prêts à remplir la mission qui nous est confiée,
donner notre vie au service de Dieu, c’est-à-dire au service de tous nos frères, dans le monde d’aujourd’hui. Disons-lui, en toute vérité, comme nous le chanterons à la sortie de la
messe :
« Fais paraître ton jour, que l’homme soit sauvé »