2008 – Fête-Dieu
Fête du Corps et du Sang du Christ
La solennité de la Pentecôte, il y a quinze jours, nous a fait revivre la venue de l’Esprit Saint dans notre monde. Il est l’Esprit d’unité du Père et du Fils dont il est inséparable, dans le grand mystère de la Sainte Trinité que nous avons fêté, dimanche dernier.
Aujourd’hui, nous célébrons la Fête-Dieu, comme on disait autrefois, et qu’on appelle plutôt aujourd’hui, la fête du Corps et du Sang du Christ, la fête de l’Eucharistie. Ce sacrement nous rappelle essentiellement deux faits importants : Le Christ ressuscité nous a promis, d’abord d’être toujours avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps, et d’autre part, il s’est fait lui-même notre nourriture, source de vie éternelle.
Ainsi le Saint Sacrement est le signe efficace de la présence permanente du Ressuscité et de la nourriture indispensable pour faire route avec lui. Il y a de quoi nous émerveiller, dans la foi, de sa présence réelle, et de l’adorer dans l’action de grâce !
Nous avons faim
Quel réalisme dans les trois lectures que nous venons d’entendre. La première tirée du Deutéronome, nous suggère que notre vie ici-bas ressemble, à beaucoup d’égards, à la traversée d’un désert, comme celui que les Hébreux ont parcouru, pendant quarante ans.
Une pauvreté essentielle, à laquelle personne n’échappe, nous étreint sans cesse et nous rappelle, consciemment ou non, que l’existence humaine est tenaillée par un désir, une insatisfaction, une faim que rien ne peut apaiser véritablement, sinon Dieu seul. Le cœur humain, malgré ses étroitesses, est si infiniment ouvert que seul le cœur de Dieu peut le rassasier et le combler. C’est pourquoi, « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ».
Le Seigneur n’a jamais abandonné son peuple dans le désert. « C’est lui qui a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui dans le désert lui a donné la manne, cette nourriture inconnue de ses pères ».
Evidemment, à cette époque, il était impossible d’imaginer que cette nourriture annonce la chair même d’un Dieu fait homme ! La manne n’en était qu’une lointaine prophétie. Elle tombait du ciel, elle venait de Dieu. Elle était une nourriture inconnue des patriarches.
A plus forte raison celle que Dieu réservait, pour le temps d’après la venue de Jésus, était-elle inconnue de nos ancêtres dans la foi. Mais, nous aujourd’hui, nous le savons, nous en avons la certitude, la manne et l’eau du rocher préfiguraient le pain et le vin devenant le Corps et le Sang du Christ, une nourriture substantielle, nous permettant de traverser le désert, dans notre marche vers la véritable Terre Promise.
Dieu se fait notre nourriture
Nous avons entendu, dans la deuxième lecture, un passage très court (deux petits versets) de la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe. C’est le texte le plus ancien qui nous parle de l’Eucharistie. Il affirme avec force la réalité de ce que nous pourrions appeler la manne nouvelle : « La coupe d’action de grâce que nous bénissons n’est-elle pas communion au Sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au Corps du Christ » ?
Nous pressentons que la réponse à la question est un Oui sans réserve de la part de Paul. Oui, il nous est donné, à nous, êtres de chair et de sang, de nous nourrir de l’humanité de Christ devenu semblable aux hommes, pour nous partager sa divinité.
Jean, dans son évangile réputé très spirituel, souligne fortement le réalisme de l’Eucharistie et en tire plusieurs conclusions.
Le réalisme tout d’abord : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Il ne s’agit évidemment pas de sa chair physique et mortelle, mais de son Corps glorieux, tel qu’il sera transfiguré par sa résurrection.
Ceci dit, Jésus ne retire rien de son réalisme lorsque l’objection lui est faite : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger » ? Au contraire, il emploie dans sa réponse un mot grec, difficile à traduire, qui suggère l’idée de « mâcher, de mastiquer » : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous ».
Nos corps sont appelés à ressusciter
Avoir la vie en nous, la vie éternelle, c’est être sûrs de ressusciter, avec et comme le Christ. D’ailleurs, il l’affirme lui-même : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang la vraie boisson ».
Quel réalisme ! Pour conduire l’homme de chair et de sang à la vie éternelle, Dieu le nourrit ici-bas du Corps et du Sang de son Fils qui s’est fait homme. Il est mort cloué sur une croix pour endurer toute notre condition mortelle de pécheurs. Il est ressuscité pour que, à notre tour, nous ressuscitions, corps et âme, pour que nous possédions la vie qui ne finit pas !
Quelle dignité est ainsi donnée à notre condition humaine ! Quel respect devons-nous avoir de la vie ! Il faut le souligner fortement, en ce jour de la fête des mères qu’on appelle du très beau titre « Journée pour la vie ». Pour les mamans, quel honneur de savoir que ce corps, par lequel elles ont donné la vie, n’est pas destiné à la putréfaction ou aux cendres, mais à cette gloire que nourrit en nous chaque communion au Corps du Christ !
L’amour de Dieu à la portée de tous
En attendant cet ultime rendez-vous, l’Eucharistie permet, entre Jésus et nous, une communion d’amour, une intimité spirituelle qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Jésus lui-même nous le dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même, celui qui me mangera vivra par moi ».
C’est ce qui se réalise, pour nous, lorsque nous participons à la messe, chaque dimanche, et aussi dans l’adoration du Saint-Sacrement, où il nous est donné de vivre longuement dans l’intimité du Seigneur, dans un cœur à cœur, où il demeure auprès de nous et nous auprès de lui. C’est aussi, au cours de la procession très humble, à laquelle nous serons associés tout à l’heure, à la fin de la cérémonie, que nous pourrons proclamer notre foi. La Fête-Dieu est sans doute moins solennelle qu’autrefois, mais elle peut être aussi fervente, dans sa simplicité.
Conclusion
François de Sales, comme toujours, nous permet de tirer une conclusion très pertinente : « Notre Seigneur a tant aimé ses créatures, qu’il a estimé qu’il ne pouvait envoyer ni anges ni saints, pour montrer l’amour qu’il nous portait, s’il ne venait, lui-même en personne, prendre notre humanité et donner son sang et sa vie ». (XXVI, 308)
Jeanne de Chantal, quant à elle, s’adressant aux premières Visitandines, leur écrivait pour leur montrer l’importance de l’adoration du Saint-Sacrement : « Quand vous ne feriez autre chose que de demeurer devant Dieu et consumer devant lui votre vie, comme un cierge qui se consume devant le Saint-Sacrement, ne seriez-vous pas bienheureuses » ? (P III, 267)
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