2008 – 15. Dim A
Une Parole qui porte fruit
Nous pouvons faire le lien entre la première lecture très brève d’Isaïe – seulement deux petites phrases – et le début de la parabole du semeur, que nous connaissons bien. Ces deux textes écrits à cinq siècles d’intervalle, évoquent exactement la même idée et ils sont de circonstance pour nous aujourd’hui. Ils nous invitent à l’espérance.
Annonce du prophète
Isaïe écrit à des hommes complètement découragés, dans une situation catastrophique. Ils sont déportés à Babylone et ils se mettent à douter de la bonté de Dieu. Qu’a-t-il fait de ses promesses ? Lui qui avait choisi un Peuple, qui l’avait libéré de l’esclavage d’Egypte, il semble l’oublier, le renier, le laisser à son triste sort.
Est-il encore le Dieu qui sauve ? Est-il encore le Dieu qui intervient tout au long de l’histoire ?
Dans cette situation tragique, le Peuple d’Israël doit retrouver sa foi en la parole de Dieu. Il ne doit pas oublier que, malgré les apparences, il est toujours aimé de Dieu, même si celui-ci semble garder le silence. C’est plutôt le Peuple qui n’entend plus la voix de son Dieu.
Il y a quelques années, un théologien écrivait, dans un livre intitulé « Ce Dieu absent qui fait problème » : « La lumière du soleil existe, même si on ne la voit pas, parce que les volets sont fermés » ! Cette image veut nous faire comprendre que le silence apparent de Dieu ne signifie pas son impuissance ou son infidélité ! Elle signifie surtout notre manque de foi. Il faut ouvrir les volets !
Alors, comprenons bien l’intervention du prophète Isaïe. Il affirme que la Parole de Dieu est toujours efficace : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre…La Parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat… sans avoir accompli sa mission »
Dieu ne cesse de parler à son Peuple, même si celui-ci reste sourd. C’est une semence qui, malgré les échecs apparents, porte des fruits, au-delà de toute prévision.
Message de Jésus
Nous retrouvons exactement ce même message d’espérance, dans la parabole du semeur qui jette la semence avec profusion.
Il est bon de souligner que, lorsque Jésus a raconté cette parabole, il s’adressait à des auditeurs déçus, découragés par le peu de succès de sa prédication.
Le pauvre semeur n’a pas de chance ! Apparemment, c’est l’escalade de l’insuccès ! Au début de l’histoire nous sommes témoins de trois échecs retentissants. La récolte escomptée semble échouer lamentablement :
- D’abord, la graine est mangée avant même de germer !
- Puis, la jeune pousse est brûlée par le soleil, avant d’avoir pu grandir !
- Enfin, la plante qui avait réussi à se développer est étouffée par les mauvaises herbes et les épines !
Pourquoi Jésus raconte-t-il cette série d’échecs ? On pourrait penser, en s’arrêtant à cet endroit de la parabole, que le travail du semeur a été parfaitement inutile ! Il n’en n’est rien. C’est l’image du Royaume de Dieu qui se construit. C’est l’annonce de la mort du Christ sur la croix. Apparemment, humainement c’est l’échec total ! Mais c’est aussi l’annonce de la résurrection. Quelle victoire ! Pour le comprendre, il faut lire la parabole jusqu’au bout.
Jésus veut affirmer, avec plus de force, la croissance irrésistible de la Parole de Dieu : « D’autres grains sont tombés sur la bonne terre et ils ont donné du fruit à raison de cent, soixante ou trente pour un ».
Les échecs précédents sont largement compensés ! Malgré les apparences contraires, la récolte aura lieu et elle sera abondante. En fin de compte, le semeur ne sera pas déçu. Le Royaume de Dieu est assuré du succès final. La Parole de Dieu ne peut pas échouer, parce que Dieu est Dieu. « Même la création sera libérée de l’esclavage », vient de nous dire saint Paul.
Message d’espérance
Finalement, la parabole du semeur est un extraordinaire message d’espérance. Admirons la tranquille assurance du semeur courageux et même entêté. Il semble gaspiller son grain !
Le semeur, c’est Dieu qui dispense sa Parole, sans compter, sachant bien que, malgré des pertes inévitables, la moisson arrivera un jour. Mais, bien sûr, le Seigneur attend notre participation. Il ne suffit pas d’attendre les bras croisés ! Il faut enlever les pierres qui encombrent le champ. Il faut arracher les épines et les chardons. Il faut, tout simplement, préparer la bonne terre, c’est-à-dire, convertir notre cœur.
François de Sales, dans le Traité de l’Amour de Dieu, en langage imagé, selon son habitude, traduit magnifiquement cet appel à la conversion : « Pour abondante que soit la fontaine, ses eaux n’entreront pas en un jardin selon leur affluence, mais selon la petitesse ou la grandeur du canal par où elles y sont conduites. Quoique l’Esprit Saint, comme une source d’eau vive, aborde de toutes parts notre cœur pour se répandre en lui, toutefois, ne voulant pas qu’elle entre en nous, sinon par le libre consentement de notre volonté, il ne la versera que selon la mesure de notre propre disposition et coopération ». (IV, 121 ou Pléiade, p. 440)
Message pour notre temps
Pendant ce temps de vacances, de répit, il est bon d’entendre le message d’optimisme et surtout d’espérance en Jésus. Il a été proclamé, il y a deux mille ans, mais il est toujours d’actualité. Nous en serons témoins, pendant cette semaine des JMJ, à Sydney, pour l’Eglise universelle, et à Annecy, pour plusieurs diocèses de la région. Le thème tiré des Actes des Apôtres en est : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous en serez alors les témoins ».
Tout ce que le Seigneur a semé en nous portera du fruit. Tout ce que nous avons semé, dans le champ du Seigneur, portera du fruit un jour. Ce message est important pour tant de parents et de grands-parents qui peuvent penser connaître l’échec, quand leurs jeunes donnent l’impression de ne pas suivre la route qu’ils leur ont tracée. Chaque jour, cette souffrance est signalée, dans les intentions de prières confiées aux Visitandines.
Il faut y croire ! Le service des enfants, des jeunes, même s’il parait incompris, sera un jour gage d’une vie de bonheur et de paix. Réveillons en nous cette espérance.
Conclusion
«Celui qui a des oreilles, qu’il entende », conclut Jésus. Souvent, nous sommes sourds, nos cœurs sont fermés à la Parole de Dieu. Nous sommes aveugles, nous ne savons pas lire « les signes des temps », les signes de l’action de Dieu dans notre vie. Malgré les apparences contraires, la moisson est en train de se préparer. Le Seigneur nous l’a promis. Il est fidèle à ses promesses. Nous pouvons lui faire confiance et avoir toujours l’audace de vivre dans l’espérance.
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