2008 – 28. Dim A
Un banquet de noce
L’évangile ne nous donne jamais de grandes définitions abstraites de Dieu ou de l’Eglise. L’évangile est plutôt un grand livre d’images ! Ainsi, aujourd’hui, Jésus nous présente Dieu comme « un roi qui célébrait les noces de son fils ». C’est la plus belle histoire d’amour ! Jésus, le Fils de Dieu, a épousé une fiancée qu’il aimait passionnément, l’humanité tout entière !
Cette image des noces, nous la trouvons tout au long de la bible, déjà chez les prophètes Isaïe, Jérémie, Ezéchiel. Nous la trouvons aussi, chez tous les évangélistes, dans les lettres de saint Paul et dans l’Apocalypse.
D’un bout à l’autre de la révélation, les relations de Dieu avec l’humanité sont présentées comme « une alliance », des épousailles, des noces. Même après notre mort, nous serons invités à « des noces éternelles » ! Quel réconfort pour ceux qui ont perdu un être cher !
Le bonheur d’être rassemblés
Etre rassemblés, faire la fête, ces deux souhaits traversent la Parole de Dieu en ce dimanche et de manière imagée.
Isaïe déjà, nous l’avons entendu dans la première lecture, nous dit que « le Seigneur, Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples un festin sur sa montagne… Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples… Il essuiera les larmes sur tous les visages… C’est lui le Seigneur en qui nous espérions, exultons, réjouissons-nous, il nous a sauvés » !
Nous avons besoin d’entendre cette parole dans notre monde actuel ! Quel changement chez les chrétiens s’ils considéraient leur relation à Dieu, non pas comme des vérités à croire et des règles à observer, mais comme une authentique histoire d’amour !
Dieu rêve d’un banquet universel pour l’humanité entière, d’un festin royal, d’une fête sans fin. Demandez à un enfant dans quelle circonstance il a été très heureux, il vous répondra : « Quand il y avait des invités à la maison ». Le repas de fête est un symbole de joie partagée. De nos jours, le repas de noce rassemble habituellement des convives joyeux.
A quelles conditions ?
Partant de cette réalité bien humaine, nous comprenons la déception du roi de la parabole. Les invités refusent l’invitation. Pourquoi ? Jésus suppose deux catégories de gens qui déclinent l’invitation :
Les négligents, avec une indifférence presque naturelle, n’ont même pas l’air de se rendre compte d’avoir été invités à partager la fête. Il n’y a que leurs affaires qui comptent, le travail des champs, le commerce…Ils ne s’occupent pas des autres !
Les contestataires, quant à eux, refusent sciemment l’invitation. Ils prennent même à partie les serviteurs, les maltraitent et les mettent à mort.
Pour comprendre une telle attitude il faut savoir que, lorsque Matthieu écrit cette parabole, il fait allusion aux événements tragiques que viennent de vivre les habitants de Jérusalem, dans les années 70. La ville a été détruite. Jérusalem, vous vous rendez compte, la capitale prestigieuse d’Israël, le Peuple choisi, a été détruite. Les juifs, qui étaient les premiers invités, ont refusé l’invitation de suivre le Christ, et ils vont laisser la place aux païens.
Cet événement révèle que Dieu invite tout le monde, pêle-mêle, sans aucune discrimination. Il a même l’air de privilégier les laissés pour compte.
Et nous, aujourd’hui ?
Cette parabole n’est pas une vielle histoire du passé, les invitations du Seigneur sont toujours actuelles. Elles ne s’adressent pas d’abord aux autres. C’est à chacun de nous qu’est adressée une invitation personnelle au festin. Avons-nous conscience d’être invités, attendus ?
Il serait bon, chaque soir, de nous interroger sur les invitations que le Seigneur n’a cessé de nous adresser tout au long de la journée. Il serait bon, au moins chaque dimanche, de prendre le temps de nous demander quelles invitations nous n’avons pas honorées, tout au long de la semaine.
Jésus a décrit l’inconscience ou la contestation des invités du roi. Ne décrit-il pas exactement les réactions du monde moderne. Il suffit de mettre quelques exemples précis sous les expressions de jadis.
« Comment voulez-vous que j’aille à la messe tous les dimanches ? C’est le jour où nous partons en voyage. C’est le sacro-saint week-end ! Il y a l’entraînement au foot ou la compétition de ski, ou les examens à préparer, disent les jeunes. C’est le seul jour où nous pouvons faire du bricolage ou du jardinage… et beaucoup d’autres prétextes ».
Il faut le reconnaître, nous sommes pris par le matérialisme ambiant et nous risquons de donner à Dieu la dernière place. Tant d’autres voix couvrent les invitations du Seigneur : « Venez à la noce ».Nous ne les entendons même pas !
Tout le monde est invité
Jésus nous avertit, si nous ne répondons pas nous-mêmes, si les « beaux messieurs » n’ont pas daigné répondre, la salle du festin sera pleine. Chacun est libre de venir faire la fête. Le Seigneur respecte la liberté de ses enfants.
François de Sales n’y va pas de main morte en écrivant dans le Traité de l’Amour de Dieu : « Dieu désirant que nous suivions sa volonté signifiée, nous sollicite, exhorte, incite, et nous inspire. Comment peut-on exprimer plus naïvement le désir que l’on a qu’un ami fasse bonne chère que de préparer un excellent festin, comme fit le roi de la parabole ? Mais, celui qui a vive force ouvrirait la bouche à un ami, lui fourrerait la viande dans le gosier et la lui ferait avaler… le traiterait en bête et comme un chapon qu’on veut engraisser…Dieu désire que nous fassions ce qu’il déclare ». (V, 66 ou Pléiade L. VIII, C. III P. 719 )
Ces expressions très fortes de notre grand saint nous font bien comprendre qu’à chacun d’entre nous, Jésus dit : « Venez librement au festin et invitez tous ceux que vous rencontrez à venir librement, de partout dans le monde ». Cette consigne est de circonstance en ce jour d’ouverture de la Semaine Missionnaire mondiale. Elle nous invite à mettre en pratique, tout au long de la semaine qui vient, le slogan de 2008 :
« Que votre charité se donne de la peine ».
Conclusion
Laissons-nous interroger par ces paroles. Ne rêvons pas d’une Eglise de purs et de parfaits. Qui que nous soyons, où que nous soyons, notre mission de baptisés nous rend semblables à ces serviteurs envoyés par le maître pour faire connaître au monde que tous les hommes, tous les peuples, sont invités par Dieu au festin du Royaume.
Au cours de cette Eucharistie, disons au Seigneur notre joie d’être ses ambassadeurs, notre joie d’être parmi ses invités et d’avoir répondu à son invitation, notre joie de savoir qu’il n’y a pas d’exclu pour la fête.
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