2008 – 33 Dim A
Faut-il avoir peur de Dieu ?
La Parole de Dieu de ce jour, comme celle des derniers dimanches de l’année liturgique, nous présente des personnes qui ont trouvé leur place et pris leur responsabilité, en prévision du retour du Christ, à la fin des temps. Elles sont en marche vers le bonheur. Elles entrent dans le Royaume de Dieu où chacun est reconnu et donne sa pleine mesure. Dans des contextes différents, chacun apporte les dons reçus qu’il a fait fructifier.
Une femme modèle
Le livre des Proverbes, nous l’avons entendu dans la première lecture, nous présente une femme modèle. Elle prend soin de sa maisonnée tout en étant ouverte à la vie sociale. Son mari siège au conseil de la ville. Elle est attentive aux malheureux à qui elle sait parler avec bienveillance et sa main leur est toujours ouverte.
En retour, ses enfants viennent la féliciter et son mari chante ses louanges. Elle est pleinement reconnue : « Sur la place publique, on fera l’éloge de son activité ».
Nous pouvons voir, dans ce portrait de la femme forte, Jeanne de Chantal totalement donnée au service de ses enfants et de tous ceux qui, comme elle, portent de lourdes croix.
Des fils de lumière
Dans la deuxième lecture, nous avons vu Paul s’inquiéter des membres de la communauté de Salonique. Ceux-ci vivaient des moments difficiles à cause de la persécution. Timothée est allé sur place et il rend compte à Paul que la communauté demeure fidèle au Christ. Paul s’en réjouit et manifeste une grande tendresse à son égard. Il répond aussi aux questions qui préoccupent les gens : que deviennent les chrétiens qui meurent et qu’en est-il du retour du Seigneur ou de la fin du monde qu’on croyait, à l’époque, imminente ? Paul leur dit : « Ne vous inquiétez pas, ne restez pas les bras croisés comme ceux qui disent : « quelle paix, quelle tranquillité » ! Vous vivez dans la lumière du Seigneur. Continuez de progresser dans l’amour que vous avez les uns pour les autres. Ne vous préoccupez pas de demain. Vivez pleinement aujourd’hui, car « vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour » !
On croirait entendre François de Sales nous dire : « Pensons seulement à bien faire aujourd’hui, et quand le jour de demain sera arrivé, il s’appellera aussi aujourd’hui et alors nous y penserons…Il faut faire provision de manne pour chaque jour, et pas plus. N’en doutons point, Dieu en fera pleuvoir demain d’autre, et passé demain, tous les jours de notre pèlerinage ». (à Mlle de Soulfour : XII, 206)
Des serviteurs fidèles
La parabole des talents, proclamée dans l’évangile, nous invite à creuser cette même idée. Les serviteurs assument ce qui leur est donné, « à chacun selon ses capacités », dit Jésus. Les deux premiers en tirent immédiatement la conclusion, en développant ce qu’ils ont reçu. Au retour du maître, ils présentent, non seulement ce qu’il leur a été remis, mais ce qu’ils ont eux-mêmes accompli : « J’en ai gagné cinq, j’en ai gagné deux… les voici », disent-ils. Ils ont apporté leur contribution au bien commun. Ils peuvent entrer dans la joie de leur maître qui les invite à participer pleinement, et sur le champ, à la construction du Royaume. C’est une joie partagée. Ils deviennent des maîtres, à leur tour. Ils pourront servir d’exemple à d’autres, appelés à faire fructifier leurs talents, au service de la communauté.
Un serviteur peureux
Malheureusement, le troisième serviteur n’a pas pris le même chemin. Il a employé un tout autre discours : « Je savais que tu es un homme dur, j’ai eu peur ». Pour être en règle, il rend même ce qu’il a reçu. D’une certaine manière, il se vide de lui-même. Il se coupe des autres et fait son propre malheur.
Le maître le prend au mot, il entre dans son jeu, en disant : « Ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors, dans les ténèbres ». Nous retrouvons, exactement, la même conclusion dans l’histoire des cinq jeunes filles imprévoyantes. Nous la retrouverons aussi, dimanche prochain, dans la parabole du jugement dernier. Dieu ne les punit pas ! Ce sont eux, pour des raisons diverses, qui s’excluent de la communauté.
Nous, aujourd’hui
Vous l’avez compris, l’histoire de la femme forte, l’histoire des chrétiens de Salonique, la parabole des talents, c’est notre propre histoire !
Nous avons tous reçu des talents, plus ou moins, peu importe ! Nous n’avons pas à nous comparer aux autres. Nous risquerions de nous enorgueillir ou de faire un complexe d’infériorité ! Le Seigneur a donné à chacun ce qui lui convient. Nous ne sommes pas propriétaires de notre corps, de notre intelligence, de notre volonté. Le Seigneur nous a prêté ces grands biens, il nous a loué ces richesses et, un jour, il nous en demandera compte !
Il nous demandera surtout si nous avons partagé avec les plus démunis. La question est de circonstance en cette Journée nationale du Secours Catholique qui nous invite à « attirer notre attention dans le domaine précis de l’enfance et de la famille… La campagne d’affiches, qui acompagne cette journée, (et qu’on a pu voir à la télévision), présente des enfants nous montrant du doigt en disant : « Je crois en toi ». Ne les décevons pas. Ils ont besoin de nous pour construire leur avenir ». Ce sont les paroles mêmes de Mgr Housset, évêque de la Rochelle, président du Conseil pour la Solidarité.
L’évangile nous dit : « Le maître partit en voyage …. Et longtemps après, il leur demanda des comptes ». C’est vrai, nous avons, parfois, l’impression que Dieu est parti bien loin ! Nous avons l’impression qu’il est absent, de ce monde et de nos vies. Tout semble aller mal, la souffrance nous accable, la vieillesse nous paralyse. Nous sommes découragés face aux épreuves et comme le troisième serviteur nous avons peur… Nous faisons si peu de choses !
Il est bon de nous redire que nous ne serons pas jugés sur les richesses accumulées, mais sur la qualité de notre foi. Le Seigneur nous a fait confiance en nous gratifiant de talents, nous pouvons lui faire nous aussi confiance. N’enfouissons jamais, sous terre, nos talents sous prétexte de les garder ou de les protéger. Plus nous les mettrons au service de nos frères, plus ils porteront de fruit.
Conclusion
Le premier novembre dernier, nous avons célébré tous les saints arrivés au but de leur vie. Ils ont déjà reçu ce qu’ils attendaient de Dieu, sa tendresse et son amour. Ils n’ont pas eu peur de faire fructifier leurs talents, de travailler sans cesse, comme la femme vaillante du livre des Proverbes et de faire grandir leur foi, comme les chrétiens de Salonique.
Comme eux, mettons-nous au travail sans avoir peur de Dieu. Réjouissons-nous à l’avance de l’entendre nous accueillir, à la fin de notre passage sur terre, en nous disant :
« Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître ».
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