Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 16:07

2008 – 33 Dim A

 

Faut-il avoir peur de Dieu ?

 

La Parole de Dieu de ce jour, comme celle des derniers dimanches de l’année liturgique, nous présente des personnes qui ont trouvé leur place et pris leur responsabilité, en prévision du retour du Christ, à la fin des temps. Elles sont en marche vers le bonheur. Elles entrent dans le Royaume de Dieu où chacun est reconnu et donne sa pleine mesure. Dans des contextes différents, chacun apporte les dons reçus qu’il a fait fructifier.

 

Une femme modèle

 

Le livre des Proverbes, nous l’avons entendu dans la première lecture, nous présente une femme modèle. Elle prend soin de sa maisonnée tout en étant ouverte à la vie sociale. Son mari siège au conseil de la ville. Elle est attentive aux malheureux  à qui elle sait parler avec bienveillance et sa main leur est toujours ouverte.

En retour, ses enfants viennent la féliciter  et son mari chante ses louanges. Elle est pleinement reconnue : « Sur la place publique, on fera l’éloge de son activité ».

Nous pouvons voir, dans ce portrait de la femme forte, Jeanne de Chantal  totalement donnée au service de ses enfants et de tous ceux qui, comme elle, portent de lourdes croix.

 

Des fils de lumière

 

Dans la deuxième lecture, nous avons vu Paul s’inquiéter des membres de la communauté de Salonique. Ceux-ci vivaient des moments difficiles à cause de la persécution. Timothée est allé sur place et il rend compte à Paul que la communauté demeure fidèle au Christ. Paul s’en réjouit et manifeste une grande tendresse à son égard. Il répond aussi aux questions qui préoccupent  les gens : que deviennent les chrétiens qui meurent  et qu’en est-il du retour du Seigneur ou de la fin du monde qu’on croyait, à l’époque, imminente ? Paul leur dit : «  Ne vous inquiétez pas, ne restez pas les bras croisés comme ceux qui disent : «  quelle paix, quelle tranquillité » ! Vous vivez dans la lumière du Seigneur. Continuez de progresser dans l’amour que vous avez les uns pour les autres. Ne vous préoccupez pas de demain. Vivez pleinement aujourd’hui, car « vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour » !

On croirait entendre François de Sales nous dire : « Pensons seulement à bien faire aujourd’hui, et quand le jour de demain sera arrivé, il s’appellera aussi aujourd’hui et alors nous y penserons…Il faut faire provision de manne pour chaque jour, et pas plus. N’en doutons point, Dieu en  fera pleuvoir demain d’autre, et passé demain, tous les jours de notre pèlerinage ». (à Mlle de Soulfour : XII, 206)

 

Des serviteurs fidèles

 

 La parabole des talents, proclamée dans  l’évangile, nous invite à creuser cette même idée. Les serviteurs assument ce qui leur est donné, « à chacun selon ses capacités », dit Jésus. Les deux premiers en tirent immédiatement la conclusion, en développant ce qu’ils ont reçu. Au retour du maître, ils présentent, non seulement ce qu’il leur a été remis, mais ce qu’ils ont eux-mêmes accompli : « J’en ai gagné cinq, j’en ai gagné deux… les voici », disent-ils. Ils ont apporté leur contribution au bien commun. Ils peuvent entrer dans la joie de leur maître qui les invite à participer pleinement, et sur le champ, à la construction du Royaume. C’est une joie partagée. Ils deviennent des maîtres, à leur tour. Ils pourront servir d’exemple à d’autres, appelés à faire fructifier leurs talents, au service de la communauté.

Un serviteur peureux

 

Malheureusement, le troisième serviteur n’a pas pris le même chemin. Il a employé un tout autre discours : « Je savais que tu es un homme dur, j’ai eu peur ». Pour être en règle, il rend même ce qu’il a reçu. D’une certaine manière, il se vide de lui-même. Il se coupe des autres et fait son propre malheur.

Le maître le prend au mot, il entre dans son jeu, en disant : « Ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors, dans les ténèbres ». Nous retrouvons, exactement,  la même conclusion dans l’histoire des cinq jeunes filles imprévoyantes. Nous la retrouverons aussi, dimanche prochain, dans la parabole du jugement dernier. Dieu ne les punit pas !  Ce sont eux, pour des raisons diverses, qui s’excluent de la communauté.

 

Nous, aujourd’hui

 

 Vous l’avez compris, l’histoire de la femme forte, l’histoire des chrétiens de Salonique, la parabole des talents, c’est notre propre histoire !

Nous avons tous reçu des talents, plus ou moins, peu importe ! Nous n’avons pas à nous comparer aux autres. Nous risquerions de nous enorgueillir ou de faire un complexe d’infériorité ! Le Seigneur a donné à chacun ce qui lui convient. Nous ne sommes pas propriétaires de notre corps, de notre intelligence, de notre volonté. Le Seigneur nous a prêté ces grands biens, il nous a loué ces richesses et, un jour, il nous en demandera compte !

Il nous demandera surtout si nous avons partagé avec les plus démunis. La question est de circonstance en cette Journée nationale du Secours Catholique qui nous invite à  « attirer notre attention dans le domaine précis de l’enfance et de la famille… La campagne d’affiches, qui acompagne cette journée, (et qu’on a pu voir à la télévision), présente des enfants nous montrant du doigt  en disant : « Je crois en toi ». Ne les décevons pas. Ils ont besoin de nous pour construire leur avenir ». Ce sont les paroles mêmes de Mgr Housset, évêque de la Rochelle, président du Conseil pour la Solidarité.

L’évangile nous dit : « Le maître partit en voyage …. Et longtemps après, il leur demanda des comptes ». C’est vrai, nous avons, parfois, l’impression que Dieu est parti bien loin ! Nous avons l’impression qu’il est absent, de ce monde et de nos vies. Tout semble aller mal, la souffrance nous accable, la vieillesse nous paralyse. Nous sommes découragés face aux épreuves et comme le troisième serviteur nous avons peur… Nous faisons si peu de choses !

Il est bon de nous redire que nous ne serons pas jugés sur les richesses accumulées, mais sur la qualité de notre foi. Le Seigneur nous a fait confiance en nous gratifiant de talents, nous pouvons lui faire nous aussi confiance. N’enfouissons jamais, sous terre, nos talents sous prétexte de les garder ou de les protéger. Plus nous les mettrons au service de nos frères, plus ils porteront de fruit.

 

Conclusion

 

Le premier novembre dernier, nous avons célébré tous les saints arrivés au but de leur vie. Ils ont déjà reçu ce qu’ils attendaient de Dieu, sa tendresse et son amour. Ils n’ont pas eu peur de faire fructifier leurs talents, de travailler sans cesse, comme la femme vaillante du livre des Proverbes et de faire grandir leur foi, comme les chrétiens de Salonique.

Comme eux, mettons-nous au travail sans avoir peur de Dieu. Réjouissons-nous à l’avance de l’entendre nous accueillir, à la fin de notre passage sur terre, en nous disant : 

 

« Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître ».

Par collectif - Publié dans : Homélies du Père Mercier
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 16:05

2008 – Toussaint

 

Bienheureux, sommes-nous !

 

Lors de sa venue à Paris et à Lourdes dernièrement, Benoît XVI a suscité un grand intérêt. Ces évènements m’ont donné l’idée de relire ce que  Jean-Paul II nous disait, ici-même, le 7 octobre 1986. Il s’était adressé à François de Sales et à Jeanne de Chantal, dont on avait déplacé devant lui les reliques : « Voici que l’évêque de Rome vient grâce auprès de vos tombeaux pour le « sillage de sainteté » que vous avez ouvert ».

Quel privilège avons-nous de vénérer Jeanne de Chantal qui nous démontre que nous pouvons nous sanctifier dans toutes les vocations : célibat, mariage, vie consacrée ! Elle prouve que François de Sales a eu raison d’écrire aux laïcs présents dans le monde : « C’est une erreur et même une hérésie de vouloir bannir la vie dévote, de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. (III, 20 ou Pléiade P. 37) L’un de ses biographes (P. Lajeunie) pouvait dire  que François de Sales a fait découvrir « une sainteté sans auréole, en habit de travail et l’outil à la main ».

 

Tous appelés à la sainteté

 

Il faudrait retenir par cœur ces magnifiques expressions, de circonstance en cette fête de Toussaint ! Avec quatre siècles d’avance sur le Concile Vatican II, François de Sales proclamait déjà cette vérité : « Nous sommes tous appelés à la sainteté ».

 C’est pratiquement ce que disait Benoît XVI, l’an dernier à pareille époque : « Le chrétien est déjà saint, car le baptême l’unit à Jésus et à son mystère pascal, mais il doit, dans le même temps le devenir, en se conformant à lui toujours plus profondément…. On pense parfois que la sainteté est une condition privilégiée, réservée à quelques élus. En réalité, devenir saint est la tâche de chaque chrétien et nous pourrions même dire de chaque homme. Tous les êtres humains sont appelés à la sainteté qui, en dernière analyse, consiste à vivre en enfants de Dieu, dans cette ressemblance à Lui, à partir de laquelle il nous a tous créés ».

Il est important pour nous chrétiens de nous le rappeler. Vous savez que dans notre monde, un peu partout, de nombreuses sectes font un ravage, y compris chez les chrétiens, j’en ai été témoin dernièrement au Cameroun.

Il faut bien souligner la différence entre une secte et une religion. Les responsables d’une secte présentent toujours celle-ci comme un groupe de privilégiés, mis à part, meilleurs que les autres. Et ces autres sont rejetés, considérés impurs, indignes de participer au salut. Ils sont vraiment très loin du message de la Toussaint !

D’autre part, que de chrétiens aujourd’hui se laissent berner par des « prophètes de malheur » qui, comme disait le pape Jean XXIII,  propagent des idées absurdes, dénuées de tout fondement. On nous annonce les pires cataclysmes, on nous prêche la réincarnation  même dans le corps d’un animal ! Nous n’en avons que faire ! Nous avons beaucoup mieux !

Notre foi nous dit que le Seigneur nous veut vivants par delà la mort et pour toujours. C’est cette vie de tous les hommes que Dieu aime que nous célébrons aujourd’hui.

 

Un message annoncé

 

C’est le  message plein d’espérance que nous avons entendu  proclamer solennellement dans la première lecture. Saint Jean l’annonce à l’Eglise naissante, affrontée dès le début à de nombreuses difficultés et incompréhensions.  Le message du salut ne s’adresse pas seulement à un groupuscule de juifs recrutés sur les chemins de Palestine.

 Jésus, le Messie, le Sauveur est venu pour tous les hommes, sans exception, comme l’exprime magnifiquement l’Apocalypse :

« J’ai vu une foule immense….une foule de toutes nations, races, peuples et langues…. Ils étaient cent quarante quatre mille, douze mille de chacune des douze tribus d’Israël ». Ces chiffres sont, évidemment, symboliques. Ils évoquent la totalité de l’humanité appelée à rencontrer Dieu.  Un psaume d’ailleurs dit : « Au Seigneur le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ».

D’autre part, nous venons de l’entendre dans la deuxième lecture, saint Jean nous dit : « Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés….Il a voulu que nous soyons  enfants de Dieu, et nous le sommes ….Nous le verrons  tel qu’il est. Tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui est pur ».

Cet idéal peut  nous paraître inabordable. Et pourtant c’est celui que nous présentent les Béatitudes, le vrai bonheur dans la foi.  Nous venons de le chanter ensemble !

 

Pour chacun d’entre nous

 

En ce jour où nous les fêtons, tous les saints nous invitent à suivre le Christ. C’est très important. Il y a une continuité de vie avant et après la mort. La mort n’est qu’un passage, une entrée dans la véritable vie. Le bon sens populaire nous dit « qu’on meurt comme on a vécu ». Si nous avons cherché, pendant 50, 60, 80 ou 100 ans, à vivre un amour filial avec Dieu, nous ne serons pas dépaysés quand nous le verrons « face à face ». Bien plus, nous dit encore saint Jean : « Nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ». En quelque sorte, nous serons divinisés !

 

Conclusion

 

Permettez-moi de vous transmettre les vœux de Bonne Fête de Toussaint de la part du  Père Philippe MÜLLER, le nouveau curé de la Paroisse sainte Jeanne de Chantal :

 

La Toussaint, c’est la fête où le ciel et la terre se touchent.

Bonne fête d’abord à nous, tous les saints de la terre,

parce que travaillés par l’Esprit de Jésus,

habités par la douce Trinité et déjà fils et filles de Dieu !

 

Bonne fête à vous, les familiers de la souffrance,

vous, les saints cachés et discrets, parfois inconnus,

visages rayonnants de l’amour de Dieu en votre temps,

car la sainteté n’a rien à voir avec la tristesse.

 

Bonne fête à vous, les humbles, les petits, les pauvres.

Bonne fête à vous, mes parents, mes amis,

qui m’avez montré le chemin et laissé un peu de vous-mêmes.

La sainteté est source de vie, de joie et de bonheur !

 

Oui, un jour nous serons comblés d’une joie sans fin,

car le Seigneur à promis d’essuyer toute larme de nos yeux.

Seigneur, donne-nous d’être les témoins, chaque jour,

de cette espérance commencée sur la route qui mène à toi.

Par collectif - Publié dans : Homélies du Père Mercier
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 16:03

2008 – 30. Dim A

 

Les deux commandements

 

Décidément, les adversaires de Jésus n’en finissent pas de le mettre à l’épreuve ! Il est vrai qu’il semble prendre plaisir à ne pas suivre la Loi donnée par Dieu à Moïse. Il guérit des malades le jour du sabbat, il fréquente les pécheurs, il chasse du Temple les marchands d’animaux destinés aux sacrifices… Aux yeux des pharisiens, ce sont autant de façons de ne pas respecter Dieu. Ceci explique pourquoi un docteur de la Loi se charge de le rappeler à l’ordre, de lui rappeler, on pourrait dire, « le catéchisme de base » :

«Dans la Loi, quel est le plus grand commandement » ?

 

Du légalisme à l’amour

 

Jésus ne se laisse pas démonter ! Quand son interlocuteur parle de Loi, il répond amour de Dieu ! Au premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu », il en ajoute un autre : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». La nouveauté de ces deux phrases, que nous trouvons dans l’Ancien Testament, c’est leur association ainsi que l’égale importance  que Jésus leur donne : « Toute la Loi et les Prophètes » en découlent. Aimer Dieu, qui nous a aimés le premier, quoi de plus normal ? Mais, cet amour ne prend tout son sens que s’il est ouvert sur le monde. Aimer Dieu est indissociable d’aimer son prochain. Ce sont « deux frères jumeaux » disait François de Sales !

 

L’amour se manifeste par des actes

 

Déjà dans l’Ancienne Alliance, Dieu inscrivait la protection du plus faible dans sa loi, dont le fondement était ancré dans la forte expérience humaine du peuple hébreu qu’il avait libéré de l’esclavage d’Egypte. Toute la première lecture, tirée du Livre de l’Exode, nous en a donné des exemples concrets.

De la même façon que Dieu a entendu les plaintes des Hébreux exilés, opprimés, il écoutera, aujourd’hui, « les cris de l’immigré, de la veuve et de l’orphelin ». Et cette protection des plus faibles est détaillée dans le concret de la vie quotidienne. Pour ne pas ajouter au poids de la pauvreté, les prêts sont sans intérêts et le manteau pris en gage doit être rendu le soir même.

Un tel programme semble tenir plus de l’utopie que de l’humainement réalisable ! Mais, il indique le chemin à suivre, le but vers lequel il faut tendre.

La deuxième lecture nous a montré que les chrétiens de Salonique ont  bien retenu le message de Paul qui leur avait demandé d’avoir « une foi active ». Nous l’avons vu dimanche dernier. Dans le passage lu aujourd’hui, il leur dit : « Vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de toute la Grèce ».

 

Aimer, c’est un choix

 

La loi de Dieu n’a plus son sens si elle ne porte pas à aimer. L’évangile n’invite pas le disciple du Christ à une attitude légaliste, entre le permis et le défendu. Quand on agit par amour et avec amour, on ne se contente pas du minimum, on n’est jamis au bout du compte. Aimer vraiment pousse à se dépasser sans cesse, à dépasser ses limites bien au-delà des calculs juridiques.

 

 

« Aime et fais ce que tu veux » écrivait malicieusement saint Augustin. Il n’encourageait pas le libertinage ! Ce grand docteur de l’Eglise voulait simplement dire que celui qui aime n’obéit pas seulement par devoir, pour être en règle avec une loi, si exigeante soit-elle. Il aime cette loi parce qu’elle lui permet d’aimer librement, en toute vérité. Dans cette liberté-là, il n’y a plus de limites pour le don de soi.

Nous, personnellement, quelle perception avons-nous de la Loi de Dieu : un « garde-fou », « un boulet » que l’on traîne, une « gêne » pour la liberté ?  Nous serions tentés de dire : « Les incroyants ont bien de la chance, ils peuvent faire ce qu’ils veulent » ! Est-ce bien sûr ? Comme si les incroyants n’avaient pas eux aussi une conscience ! Comme si il leur était facile, sans la lumière de la foi, de bâtir leur vie !  N’est-ce pas nous, les croyants, qui avons la chance d’être guidés par Quelqu’un qui nous aime ?

Comme les pharisiens, les scribes et les docteurs de la Loi, il nous arrive de discuter sur la religion et ses règles de bonne conduite, en oubliant d’en vivre ! Certains disent : « l’Eglise est trop sévère … elle devrait alléger certaines exigences morales … etc  … ». En raisonnant ainsi, nous risquons d’être étrangers à l’esprit de la Loi et de « négliger ce qu’il ya de plus grave : la justice, la miséricorde et la fidélité », comme dit saint Matthieu, dans le chapitre suivant de l’extrait entendu aujourd’hui.

 

Aimer dans la vérité

 

En déclarant le commandement d’amour du prochain « semblable » à celui de l’amour de Dieu, Jésus ne nous dit pas que l’homme est l’égal de Dieu ! Aimer Dieu peut sembler ne pas être au même niveau qu’aimer l’homme.

Pourtant, à la réflexion, puisque Dieu s’est fait homme, en Jésus-Christ, l’humanité est élevée, en lui et par lui, à une dignité divine. Désormais, si l’on peut dire, le plus court chemin pour « faire du bien à Dieu » est de faire du bien au prochain. Jésus lui-même nous dit : « Tout ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Nous pouvons nous faire illusion sur l’amour réel que nous portons à Dieu. Nous n’avons pas « d’instrument de mesure » pour le vérifier, sinon l’amour concret que nous portons à ceux ou à celles qui vivent près de nous.

Nous pouvons également nous tromper sur l’amour porté à autrui. Il peut être, à notre insu, intérêt, satisfaction personnelle, ou même domination déguisée.

Aimer Dieu, et apprendre de Lui à aimer, comme il nous aime, garantit nos comportements de charité.  Saint Paul nous le dit explicitement : « Imitez Dieu puisque vous êtes des enfants qu’il aime ». Alors, sans aucun doute, « celui qui aime son prochain a pleinement accompli la Loi ».

 

François de Sales

 

Dans le Traité de l’Amour de Dieu, selon son habitude, par une magnifique illustration,  va nous permettre  d’apporter une conclusion à la Parole de Dieu proclamée aujourd’hui : « Que le cœur divin est amoureux de  notre amour !...... Le soleil visible touche tout de sa chaleur vivifiante et, comme l’amoureux universel des choses inférieures, il leur donne la vigueur requise pour faire leurs productions. De même, la bonté divine anime toutes les âmes, et encourage les cœurs à son amour, sans qu’homme quelconque soit caché à sa chaleur ».

(IV, 112 ou Pléiade  L II, C. 8   P. 431-432)

Par collectif - Publié dans : Homélies du Père Mercier
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 15:55

2008 - Sainte Marguerite-Marie

(le 16 octobre 2008)

 

 

Nous vénérons les saints et les saintes et nous voulons les imiter. Les saints sont-ils devenus   saints à cause de leur fidélité à la  volonté de Dieu Notre Père ? Parmi les saints, il y a des martyrs pour leur  foi en Dieu. Il y a ceux  et celles qui ont beaucoup souffert  pour garder leur foi en Dieu.  Il y a des religieux et des  religieuses qui ont beaucoup souffert dans leurs communautés. Il y a aussi des saints et des saintes à qui Dieu a révélé  des choses que son peuple doit faire ou ne doit pas faire. Dieu nous appelle et nous invite à goûter son amour pour nous tous. Avec les saints et les saintes il nous demande de nous repentir de nos péchés. Il est juste et bon de louer et de glorifier notre Dieu  pour eux, par qui il nous apprend à vivre  chaque jour dignement, quel que soit notre état  de vie. Aujourd’hui,  l’Eglise  nous invite à fêter sainte Marguerite-Marie, Visitandine de Paray le Monial qui a vécu  au grand siècle de la spiritualité, qu’on appelle l’école française, après François de Sales, Jeanne de Chantal, Vincent de Paul, Claude La Colombière … etc…  Grâce à Marguerite-Marie à qui Jésus a dit : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier. Ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen. Qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre et qui contiennent les grâces de sanctification et de salut »

 

Le Pape Jean Paul II a dit à Mgr. Séguy, évêque d’Autun, en 1990 : « Lors de mon pèlerinage en 1986 auprès du tombeau de  Marguerite-Marie, j’ai demandé, que dans l’esprit de ce qu’elle avait transmis à l’Eglise, on rendît fidèlement un culte au Sacré-Cœur, car c’est auprès du Cœur du Christ que le cœur de l’homme apprend à connaître  le sens véritable et unique de sa vie et de son destin. C’est auprès du Cœur du Christ que le cœur de l’homme reçoit la capacité d’aimer ». 

 

La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus s’est répandue comme un feu ardent, dans l’Eglise  occidentale, depuis les révelations  faites à sainte Marguerite-Marie vers la fin du dix-septième  siècle. L’Eglise lui a conféré une autorité particulière. Les papes en ont rappelé et en rappellent  encore l’importance. Mais le discours d’aujourd’hui, s’il insiste sur le Cœur du Christ, laisse de côté le mot sacré qui a pris un sens ambigu dans notre société sécularisée, et il emploie avec la plus grande discrétion le mot  « dévotion » devenu franchement péjoratif. Pour mieux comprendre ce que demande l’Eglise quand ell invite aujourd’hui les chrétiens à se tourner vers le Cœur du Christ, il est bon de préciser ce que voulait dire Marguerite-Marie quand elle privilégia autrefois le mot « sacré » et diffusa l’emblème du Sacré-Cœur de Jésus. L’enseignement de Vatican II  insiste sur le mystère du Christ dans son entier, et encourage une vie liturgique baptismale et eucharistique  plus que les dévotions.

 

 L’autobiographie de Marguerite-Marie retrace l’essentiel de son itinéraire spirituel. Depuis son plus jeune âge, elle s’entretenait  intimement avec le Seigneur. Le jour de sa profession, son expérience se précisa :   « Jamais je n’avais reçu une si grande grâce, pour les effets  qu’elle a opéré toujours en moi depuis. Je le voyais, je le sentais proche de moi, et l’entendais beaucoup mieux que si ce fut  avec les sens corporels ».

 

Le mot cœur est employé depuis toujours, semble-t-il, et dans toutes les langues, pour signifier le centre, l’intime de l’être. En occident, à partir de la fin du moyen âge, il désigne plus particulièrment  l’affectivité personnelle, l’amour. Sauf pour  l’occident des trois derniers siècles, le mot cœur évoque donc l’idée d’un centre qui, de l’intérieur, met en relation, en les unissant, les deux aspects corporel et moral (ou affectif) de l’expérience humaine. Pour les chrétiens il désignera donc ce qui est le centre même de l’homme, la relation concrète à la fois morale et physique, qui l’unit à Dieu et à ses frères et sœurs, la capacité d’aimer, source de l’unité de l’homme avec Dieu, avec les autres et avec lui-même.  Le Christ par son  Cœur, est le centre de force et d’énergie  qui nous attire, nous réchauffe, nous entraîne à sa suite. Il est certain que les flammes qui jaillissent du Cœur du Christ sont des flammes d’amour, et d’un amour infini. C’est uniquement à partir de cet amour que nous pouvons comprendre à fond le mystère  de la rédemption comme c’est l’amour infini de Dieu qui nous donne la clé pour comprendre le mystère pascal. Un mystère qui, s’il comporte la croix, comprend aussi la résurrection  et la glorification éternelle. La seule force qui puisse, bien souvent, alléger  nos souffrances, c’est de croire  à la force de l’amour du Christ. Dans le Cœur de Jésus se cache le secret de cette divine alchimie qui permet de transformer la souffrance en joie et les larmes en allégresse.

 

 Le monde a besoin de joie. Il est plongé dans trop de souffrance, d’injustice et d’insécurité.  La source de la joie, c’est le Cœur du Christ, symbole d’amour infini de Dieu pour nous, lui qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Voilà la source de notre bonheur, le moyen mystérieux de tout transformer en joie, la seule joie qui soit capable de combler entièrement le cœur de l’homme.

 

 Etant une fois devant le Saint Sacrement, sainte Marguerite-Marie écrit, dans son autobiographie : « J’ai reçu de mon Dieu des grâces excessives de son amour et me sentis touchée du désir de Lui rendre amour pour amour ». Jésus lui a dit : « Pour reconnaissance, je ne reçois, de la plupart, que des ingratitudes, c’est pour cela que je te demande une fête particulière pour honorer mon Cœur, en lui faissant  réparation d’honneur par une amende honorable, en communiant ce jour-là, pour réparer  les indignités qu’il a reçues ».

 

 Rendre amour pour amour, offrir, par amour, ses souffrances à celui qui a souffert par amour, à celui qui souffre de voir son amour méconnu, n’est-ce  pas là l’essentiel de la spritualité de Marguerite-Marie, l’essentiel de son message ?  Fasse le Seigneur qu’à l’occasion de cette fête, nous puissions chanter de tout cœur un Alléluia qui jamais ne finira. Amen.

 

Par collectif - Publié dans : Homélies du Père Mercier
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 15:54

2008 – 29. Dim A

 

Dieu et César

 

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Ne nous y trompons pas, selon la tradition juive, tout est à Dieu. Même les empereurs païens ne peuvent régner que par la volonté de Dieu. Nous avons entendu, dans la première lecture, Isaïe transmettre à Cyrus, roi païen de Perse, un oracle reçu de Dieu : « Je suis le Seigneur, c’est moi qui t’ai rendu puissant, il n’y a rien en dehors de moi » !

Cependant, César, empereur de Rome, exerçait sa puissance et les Juifs les plus fervents étaient obligés de composer avec ses représentants. Cette situation était la cause de multiples confrontations.

Jésus a refusé d’entrer dans ces discussions. Il n’est pas venu pour arbitrer des débats politiques, mais pour annoncer son évangile et accomplir sa mission de Sauveur. C’est donc par une boutade ironique qu’il se débarrasse des pharisiens qui croient lui tendre un piège : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? Rendez à César ce qui est à César et, à Dieu ce qui est à Dieu ».

En fait, on s’est souvent servi de cette boutade, avec trop de sérieux, pour définir les rapports entre l’Eglise et le pouvoir public. On l’a utilisée en des sens opposés : tantôt pour proclamer la supériorité des clercs sur les laïcs – puisque Dieu est supérieur à César – et tantôt à l’opposé, pour confiner les clercs dans leurs sacristies et laisser les laïcs, chrétiens ou non, gérer sans eux les affaires de ce monde.

 

Un combat pour l’homme

 

En fait, on ne peut pas baser une authentique compréhension du rôle des chrétiens dans le monde à partir d’une seule parole de Jésus tirée hors de son contexte. L’Eglise est tout entière immergée dans le monde.

Il est exact qu’elle n’a pas de compétence propre, dans l’économie ou en politique, ni de recette magique pour assurer un ordre social ou international plus juste. Cependant, elle a son mot à dire. A la clôture du Concile Vatican II, le pape Paul VI a dit : « Nous devons avoir le culte de l’homme ». Certains lui ont reproché cette phrase comme s’il avait voulu dire  que ce qu’il appelait audacieusement le culte de l’homme devait remplacer le culte de Dieu ! Ce qui est, évidemment, absolument faux !

Pour le pape, avoir le culte de l’homme, c’était reconnaître, en tout homme, une œuvre de Dieu, c’était lutter pour le respect de ses droits fondamentaux, de sa liberté, de sa dignité, de tout ce qui révèle qu’il est image de Dieu et appelé au salut.

Une telle attitude fait une obligation à tous les chrétiens de participer, chacun selon ses forces et ses moyens, aux tâches qui, à travers le monde, peuvent aider leurs frères à devenir des hommes et des femmes fidèles au dessein de Dieu sur l’humanité. Ces tâches peuvent comprendre l’éducation humaine et chrétienne, tout autant que l’économie et la politique, la lutte contre  la faim ou pour la paix entre les peuples et les nations.

 

Une invincible espérance

 

Il faut le répéter, le redire sans cesse, avec gravité, c’est un droit et c’est un devoir pour tout baptisé, prêtre ou laïc, d’agir, dans l’Eglise et dans le monde, en homme ou en femme adulte et responsable, mais toujours, à l’exemple du Christ, en esprit de service et de solidarité.

 

Il est vrai que la grave crise qui affecte les vocations de prêtres contribue à accélérer une prise de conscience de la mission des laïcs, en Eglise, dans le monde. Cette crise du sacerdoce reste très dommageable  car on ne peut pas concevoir une Eglise sans prêtres et surtout sans eucharisties. Cette situation oblige à remettre en valeur la dignité et la responsabilité de tous les baptisés. Nous pouvons nous en réjouir, comme saint Paul, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture,  se  réjouissait en exhortant les chrétiens de Salonique : « Que votre foi soit active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tienne bon ».

 

Parole de circonstance

 

« Que votre charité se donne de la peine », cette expression de saint Paul a guidé notre réflexion et notre prière tout au long de la Semaine Missionnaire Mondiale qui se clôture en ce jour. Pour le 350e anniversaire des Missions Etrangères de Paris, le pape Benoît XVI nous invite à nous tourner tout particulièrement vers l’Eglise qui est en Asie, spécialement vers celle qui est persécutée. Il  nous redit ce qu’il écrivait dans sa lettre encyclique « Dieu est Amour » : « L’union, avec le Christ, est en même temps, avec tous ceux auxquels il se donne. Je ne peux avoir le Christ pour moi seul. Je ne peux lui appartenir qu’en union avec tous ceux qui sont devenus ou deviendront siens. La communion me tire hors de moi-même vers lui, et en même temps, avec tous les chrétiens ».

Dans nos différentes vocations, laïcs, prêtres, religieux et religieuses actives ou contemplatives,  nous sommes tous chargés de mission, dans notre vie toute simple de chaque jour et aussi dans nos différents engagements au service de la société ou de l’Eglise. Les membres de l’Hospitalité Diocésaine, que nous avons le privilège d’accueillir aujourd’hui,  nous en donne un magnifique témoignage. Ils se rencontrent souvent, tout au long de l’année, pour partager leur foi et pour chercher ensemble comment être toujours plus disponibles au service des pauvres, des petits et des malades.

 

François de Sales

 

Sera toujours  pour nous tous un guide sûr. Ecoutons-le nous dire aujourd’hui :

« Il faut tout faire par amour et rien par force…Il n’est rien d’impossible à l’amour … Il suffit de bien aimer pour bien faire ». (XIII, 359 – XII, 299 – XIII, 324)

Le conseil qu’il donnait à Jeanne de Chantal, est toujours d’actualité : « Etre servante de Dieu, c’est être charitable envers le prochain ».

Quant à elle, elle nous dit : « Il faut avoir grand courage de servir Dieu, en toutes les façons qu’il lui plaira… Il faut se consumer au service du prochain, et bienheureux serons-nous de le faire ». (Correspondance : VI, 527 – II, 186)

En somme, elle explicite ce qu’elle répétait souvent depuis sa plus tendre enfance, nous pouvons le lire au pied du 1er vitrail : « Si je n’aimais pas les pauvres, il me semble que je n’aimerais pas Dieu ».

 

Conclusion

 

Efforçons-nous de mettre en pratique ces consignes des deux grands saints que nous vénérons à la Visitation. N’oublions pas  surtout  la parole de Jésus : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Répondons à notre vocation de missionnaires, tenons bien la place irremplaçable, qui est la nôtre, à l’Hospitalité ou dans d’autres engagements,  dans l’Eglise locale et, par le fait même, dans l’Eglise universelle. Nous pourrons dire, en toute vérité avec saint Paul : « Tout est à vous, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir ! Tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu » !

Par collectif - Publié dans : Homélies du Père Mercier
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés