Mercredi 24 décembre 2008 3 24 /12 /2008 11:13

2008 – NOËL – nuit

 

Il est né le divin enfant

 

Noël, c’est un mot presque magique, le nom d’un événement qui garde, à travers le monde et à travers les siècles, une fraîcheur étonnante, une nouveauté renouvelée,  grandissante de lumière, d’espérance, de fête, de joie …

Pourtant, voilà une fête difficile à gérer et à célébrer dignement. Notre faiblesse et un certain paganisme ambiant risquent de la déprécier, de l’édulcorer, de lui enlever sa force d’interpellation et de conversion.

Nous avons trop tendance à faire de Noël une fête, d’abord pour les enfants, ou trop exclusivement orientée vers les problèmes humains de pauvreté qui sont préoccupants, c’est vrai, mais, ce n’est pas l’essentiel.

 

Noël, Dieu avec nous

 

Toutes les lectures que nous venons d’entendre nous mettent à l’abri des déviations ou des réductions abusives. Noël, c’est avant tout le grand mystère de Dieu qui vient partager notre condition humaine. On peut dire que le ciel et la terre se rencontrent, à Noël.

Depuis des millénaires, Isaïe nous a préparés à la naissance de Jésus, comme l’aboutissement, l’accomplissement d’une longue marche humaine, en quête d’amour, de lumière et de liberté : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie…Oui ! Un enfant nous est né, un fils nous a été donné… Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers ».

Dans ce même ordre d’idée, Paul souligne l’ampleur de ce salut, de cette libération pour toute l’humanité. Il écrit à son disciple Tite : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les  hommes… Jésus, le Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur, s’est donné pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien ».

Quant à Luc, dans l’évangile, il annonce déjà comment Jésus va sauver tous les hommes. Il est venu partager notre vie sur terre. Comme tout homme il connaîtra la mort. Mais, il sera plus fort que la mort il ressuscitera pour trouver, et nous donner, la vie qui ne finit pas. La lumière de la nuit de Noël annonce déjà la lumière du matin de Pâques.

 

De la crèche à la croix

 

Jésus, de sa naissance à sa mort, ne sera pas reconnu comme l’envoyé du Père, il sera ignoré, rejeté par la plupart. Et pourtant il est né, nous dit l’évangéliste, au cours d’un recensement « de toute la terre », comme pour souligner le caractère universel de cette naissance, qui pourtant, en son temps, n’a dérangé personne.

Autre contraste : celui qui étant Dieu se fait homme, naît sous le règne d’un homme qui se fait appeler Dieu : César Auguste.

Un autre détail important souligne le lien entre Noël et Pâques. Celui qui, par sa Parole et sa vie donnée, va devenir nourriture du monde, dans l’eucharistie, est couché dans une mangeoire.

Enfin, il faut souligner la priorité accordée aux pauvres et aux petits. Les bergers que tout le monde rejetait, parce qu’ils sentaient mauvais et que, à cause de leurs déplacements continuels, il ne pouvaient pas pratiquer leur religion, sont les premiers avertis : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Ils sont les premiers à croire. Il y a une espèce de complicité entre ces pauvres, ces hommes près de la terre et Dieu. Ils sont spécialistes en météo ! Ils savent reconnaître le temps et les saisons. Ils savent surtout reconnaître les démarches de l’amour.

Celui qui va faire bouger le monde, le voici tout petit, emmailloté, non seulement dans sa layette, mais dans les mailles de toute l’histoire du monde.

Le pauvre petit enfant emmailloté de langes connaîtra un jour les bandelettes du tombeau. Celui pour qui il n’y avait pas de place à l’hôtellerie aura à sa mort un tombeau d’emprunt. Il semble bien que, dès Noël, tout rapproche la crèche et la croix. Nous avons raison de chanter le cantique populaire, que nous prendrons à la fin de la messe : « De la crèche au crucifiement, il nous aime inlassablement ».

 

Le signe de l’enfant Dieu

 

Paradoxalement, la fête de Noël qui nous fait lever les yeux vers le ciel, nous ramène à la terre. La gloire de Dieu éclate sur un petit enfant au plus bas de la condition humaine.

On dirait que Dieu craint que nous ne comprenions pas, ou bien que nous le cherchions là où il n’est pas, en dehors de l’Homme, de son histoire, de ses luttes y compris de ses erreurs et de son péché. Au-delà de tout folklore, n’oublions pas l’essentiel. Dieu est avec nous, il habite parmi nous. C’est la grande révélation de cette nuit. En découvrant le visage de Dieu nous pouvons découvrir toute la grandeur et la dignité de l’homme.

François de Sales, citant saint Irénée, pouvait dire : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu ». Dans son homélie, la veille de Noël 1613, il disait : « Que nous sommes heureux si nous visitons ce cher Sauveur de nos âmes ! Nous en recevons une consolation nonpareille, et ainsi que la manne avait le goût qu’un chacun pouvait désirer, de même, chacun peut trouver de la consolation en visitant ce Poupon tout aimable » ! (IX, 11)

 

Conclusion

 

Je vous communique les réflexions du pape Benoît XVI, mercredi denier, à l’audience hebdomadaire, devant 5000 personnes de différents continents : « A Noël, les chrétiens célèbrent un évènement historique qui est un remède à l’absurde… A Noël, nous ne nous limitons pas à commémorer la naissance d’un grand personnage ; nous célébrons quelque chose d’essentiel pour la foi chrétienne… l’évènement du salut qu’on attendait depuis des siècles… Dans l’obscurité de la nuit de Bethléem, s’alluma une grande lumière : le créateur de l’univers s’est incarné, s’unissant de façon indissoluble à la nature humaine, au point d’être réellement « Dieu de Dieu, lumière de lumière » et dans le même temps, homme, vrai homme. »

Dimanche dernier, s’adressant aux familles, il leur disait, ce qui est de circonstance pour toutes nos familles : « La crèche est, dans nos maisons, le signe de la présence de l’amour de  Dieu… Ouvre nos cœurs, Seigneur, afin que nous sachions recevoir Jésus dans la joie, toujours faire ce qu’il demande et le voir en tous ceux qui ont besoin de notre amour ».

Et le pape a conclu en priant, par l’intercession de Marie que « Jésus qui, en naissant apporte la bénédiction aux hommes, soit accueilli dans toutes les maisons du monde ».

 

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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 16:15

Vous ne connaissez pas saint François de Sales mais vous aimeriez faire connaissance...

Rien de tel que de se plonger dans ce qu'il a écrit. Cependant, vous pouvez commencer par lire un petit ouvrage sur sa vie et son oeuvre.

Voici une petite liste, loin d'être exhaustive évidemment :

Livres sur Saint François de Sales

 

 SESE Bernard, Petite vie de François de Sales, Desclée de Brouwer, 1995
 CORRIGNAN François, La spiritualité de François de Sales, un chemin de vie, Desclée de Brouwer, 1989.

 RAVIER André, Un sage et un saint : François de Sales, Nouvelle Cité, 1995.
 MOREL Claude, Prier 15 jours avec François de Sales, Nouvelle Cité, 2002


 

Oeuvres & recueils de textes

 

 Oeuvres de saint François de Sales, Edition de la Visitation d'Annecy.

27 volumes, avec notes explicatives. Pour celles et ceux que le vieux français du XVIIème siècle ne rebute pas et qui souhaitent lire saint François de Sales en VO !

On peut se les procurer à la Visitation d'Annecy... mais le mieux est sans doute de les consulter en bibliothèque (bibliothèque d'un séminaire ou bibliothèque d'une Visitation pour la Province, les grandes bibliothèques parisiennes étant pourvues). Les soeurs sont en train de préparer une version numérique des Oeuvres, mais il y aurait quelques contretemps. Bonne nouvelle en tout cas pour les puristes salésiens, informatisés et disposant de peu de place chez eux !


 Saint François de Sales, Oeuvres, présentées par André Ravier, Collection La Pléiade, Gallimard, 1969.

Sont présentées ici les trois grandes oeuvres spirituelles de saint François de Sales : l'Introduction à la Vie Dévote, le Traité de l'Amour de Dieu, et les Entretiens spirituels, toujours en VO. Très bonne introduction et préface d'André Ravier. Chronologie, cartes, biographie complète, analyses, notes, bibliographie : rien ne manque.


 Saint François de Sales, Introduction à la Vie Dévotetexte intégral révisé et présenté par Etienne-Marie Lajeunie o.p., Seuil, 1962.

C'est l'oeuvre la plus connue de saint François de Sales, et c'est aussi la "feuille de route" spirituelle de notre famille salésienne. Un classique en poche. Il s'agit de la version intégrale du texte des Oeuvres complètes de l'édition d'Annecy, mais en français modernisé. La langue ainsi que les constructions de phrases sont conservées mais l'orthographe a été résolument modernisée. Les paragraphes trop compacts ont été coupés afin de faciliter la lecture et la ponctuation a été revisitée. Pas de difficultés particulières donc pour qui a l'habitude de lire mais il faut se faire au vocabulaire et au style du XVIIème siècle.


 STEPHAN Yvonne (adapté et présenté par), Sur les chemins du monde avec Saint François de Sales, Introduction à la vie dévoteNouvelle Cité, 2003.

C'est LA version moderne de l'Introduction à la Vie Dévote. Si vous n'etes vraiment pas à l'aise avec des termes tels que "vie dévote", mais que vous voulez go^uter l'humanisme et l'optimisme salésien, c'est le livre qu'il vous faut. Adaptation très réussie de l'Introduction.

 

RAVIER André (présenté par), Lettres intimes : Amitié et direction spirituelle, collection Lumière, Série Paroles de Lumière, Le Sarment, Fayard, 1991.

Une sélection de lettres, avec annotations et introductions, le tout en français modernisé...




 

 

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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 16:11

2008 – 2 Avent B

 

Préparez le chemin du Seigneur

 

L’avez-vous remarqué, dans la première et la troisième lectures, Isaïe et Jean-Baptiste disent exactement la même chose : « Préparez, à travers le désert, le chemin du Seigneur ». Isaïe spécifie : « Il faut combler les ravins, abaisser les montagnes, redresser les chemins tortueux ».

François de sales, dans une homélie au temps de l’Avent en1620, commente à sa manière cette Parole de Dieu : « Les chemins trop entortillés ne sont propres qu’à lasser et fourvoyer ceux qui voyagent. Il faut les redresser et les égaliser pour la venue de Notre Seigneur. Il faut redresser tant d’intentions obliques, pour n’en avoir qu’une, celle de plaire à Dieu. Ce doit être le but auquel nous devons viser. Tout ainsi que le marinier, quand il conduit sa nacelle, a toujours l’œil fixé sur l’aiguille marine,  (la boussole), et ceux qui conduisent ces petites barques tiennent toujours le timon, (la barre), de même, devons nous avoir l’œil ouvert… Il faut aller à l’école du glorieux  Jean-Baptiste et nous mettre – ou plutôt le prier de nous recevoir – au nombre de ses disciples ». (IX, 445)

 

Le chemin de Jean-Baptiste

 

On appelle Jean-Baptiste « le précurseur ». Etymologiquement, cela veut dire « celui qui court devant », devant celui qui vient, devant celui que tout le monde attend. Jean-Baptiste est, essentiellement, celui qui a annoncé et préparé la venue du Sauveur. Comment s’y est-t-il pris ? Ou plutôt, qu’est-ce que le Seigneur lui a demandé ? Comment l’a-t-il préparé à sa mission ? Il lui a demandé de partir au désert.

« Aller au désert », dans la bible, cela veut dire se dépouiller de tout superflu, vivre dans le silence et la prière pour se mettre en face de soi et en face du Seigneur.

Nous avons entendu, dans le récit de l’évangile, que Jean-Baptiste, dans le désert, portait une peau de chameau et se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Ne nous arrêtons pas trop à cette présentation qui peut paraître folklorique. Aujourd’hui encore, au Cameroun, on déguste des termites ailées ! En fait,  Jean-Baptiste avait, tout simplement, adopté la tenue et le menu de tous les bédouins dans le désert. C’était, entre autres, la tenue du prophète Elie, à tel point qu’on pensait que celui-ci s’était réincarné en la personne du précurseur !

Ce qu’il faut, avant tout, souligner, c’est que le message de Jean-Baptiste est un appel à la conversion. Il parle fort et net. Il n’a pas peur de dire la vérité, face à Hérode, même au péril de sa vie. Il y laissera sa tête, au sens propre du mot ! Jusque dans sa mort, il sera « précurseur ». Innocent, comme Jésus, il sacrifiera sa vie. Il annonce Jésus qui versera son sang pour le salut de tous les hommes.

Dans le témoignage de Jean-Baptiste, il y a un message important pour nous aujourd’hui.

 

Notre chemin

 

Comme le précurseur, nous sommes tous invités à « partir au désert ». Qu’est-ce que cela signifie pour nous tous, aujourd’hui ?

« Partir au désert », tout en restant là où nous vivons actuellement  consiste à ne pas nous préoccuper, outre mesure, de nos soucis et de nos responsabilités. Il y a une différence entre s’en occuper et s’en préoccuper. Il est bien normal, évidemment, qu’un jeune pense à préparer son avenir et que des parents prennent en charge leurs enfants et leurs jeunes. Mais, il y a la manière !

 

 

« Partir au désert », cela signifie aussi, pour les malades, les personne âgées, pour ceux qui arrivent à l’âge de la retraite, connaître une grande pauvreté, obligés qu’ils sont de renoncer  à des tâches et à des responsabilités devenues trop lourdes.

« Partir au désert », cela signifie aussi, j’ai envie de dire surtout, être des priants, des contemplatifs, dans les monastères, bien sûr, mais aussi dans le monde. La prière de tous les baptisés, quelles que soient leurs vocations, rend présente aujourd’hui la prière du Christ, l’intimité avec le Père. La prière  nous relie à Dieu et à tous nos frères.

« Partir au désert », enfin, cela signifie sortir de soi, de sa petite tranquillité, élargir ses horizons, être missionnaire, se sentir co-responsable de la vie du monde, de la vie de l’Eglise. Il y a de la place pour tous, y compris pour ceux qui ont l’impression d’être à charge, d’être inutiles, dans un monde où seul compte le rendement. En son temps déjà, le pape Pie XII disait : « L’offrande de la souffrance est peut-être la manière la plus efficace d’être apôtre ».

 

Notre mission

 

Jean-Baptiste, dans le désert, n’était là que pour introduire un Autre, Quelqu’un qui n’était pas encore nommé, Quelqu’un de plus grand, de plus digne, Quelqu’un qui viendrait baptiser, c’est-à-dire plonger, non seulement dans l’eau, mais dans l’Esprit Saint.

Là où nous vivons, dans un monastère, dans le monde, dans une famille, finalement peu importe, nous avons tous à annoncer Quelqu’un qui nous plonge dans son Esprit. L’essentiel est de nous laisser convertir par lui, pour être partout ses témoins, ses précurseurs.

Sur la feuille du dimanche, nous pourrons lire le message du P. Philippe Müller, curé de la paroisse sainte Jeanne de Chantal :

« Sortons de nos habitudes sclérosées et de nos lamentations.

Enlevons les obstacles pour que Toi, Seigneur, tu puisses passer.

Déverrouillons la porte de notre cœur pour T’accueillir.

Laissons la place à l’accueil, au partage, au pardon, à l’amour ».

Face à l’attente de ceux qui croient que le Christ n’est pas encore venu, nous Chrétiens, soyons messagers de la Bonne Nouvelle. Le monde a besoin d’hommes et de femmes capables de porter, à leur prochain, la joie de vivre, dans la foi et l’espérance.

Le Seigneur nous veut responsables. Il a besoin de témoins qui « se mouillent », de témoins transparents, comme Jean-Baptiste. N’ayons pas peur de témoigner, malgré nos faiblesses.

Le Seigneur a besoin de témoins joyeux qui attendent, confiants, son retour. L’espoir d’une bonne nouvelle apportée par le facteur, ou l’attente d’un train ou d’un avion dans lequel se trouve un être cher suscite une certaine émotion et une fébrilité joyeuse. Que ce soit le signe, on pourrait dire le sacrement, de l’attente du Seigneur que nous désirons partager avec nos frères.

 

Conclusion

 

Pour bien remplir notre mission, rappelons-nous les paroles de Pierre en conclusion  du passage de sa lettre, entendu en deuxième lecture : « Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice.

Dans l’attente de ce jour, frères bien-aimés, faites donc tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix ».

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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 16:09

2008 – 1 Avent B

 

Veillez !

 

Vous venez d’entendre un évangile très court - deux petits paragraphes – mais, il en dit long, il est très important, en ce premier jour de l’année liturgique.

Deux fois, dans chaque paragraphe, nous relevons le mot « veiller ». Quatre fois de suite, Jésus dit aux disciples et nous dit, à nous aujourd’hui : « Prenez garde, veillez ». Il serait plus juste, parait-il  de traduire : « Réveillez-vous, ouvrez l’œil, soyez attentifs ».

 

Le Seigneur vient chaque jour

 

Le temps de l’Avent nous prépare à fêter Noël, mémorial de la naissance de Jésus venu partager notre condition humaine, il y  a deux mille ans, c’est vrai.

Il nous invite aussi à accueillir sa venue « à la fin des temps », c’est-à-dire, aujourd’hui ! Depuis Pâques, Jésus ne cesse de venir à nous, de frapper à notre porte, parce qu’il veut habiter, chez lui, en nous, et vivre avec nous une communion toujours plus parfaite, en nous communiquant sa propre vie divine. D’où l’appel pressant à veiller, à être en attente de celui qui vient nous combler de sa présence et de son Amour. Il est temps de sortir de notre sommeil, de lui ouvrir notre cœur, pour l’accueillir avec ferveur.

Comme toujours, pour bien entendre, pour bien comprendre le message de l’évangile, il faut le replacer dans le contexte. Le passage proclamé ce matin est en réponse à la question des disciples qui ont peur à l’annonce de la fin des temps : « Dis-nous quand cela arrivera ». Jésus leur demande de ne pas se préoccuper ni du quand ni du comment, mais de vivre l’aujourd’hui, le présent, dans un engagement humble, confiant, dans une vigilance active.

L’angoisse des disciples de Jésus est toujours actuelle ! Que de gens, sont marqués par des révélations de toutes sortes annonçant les pires malheurs. L’évangile, c’est vrai, annonce des cataclysmes, nous l’avons entendu ces dimanches et tous ces jours derniers, mais il ne se lit pas comme le journal du jour ! Il annonce aussi l’espérance, un monde renouvelé, des cieux nouveaux, une terre nouvelle. C’est ce que Jésus va nous redire à Noël, c’est ce qui se verra réalisé « à la fin des temps » et qui se vit,  déjà aujourd’hui, dans la foi et l’espérance.

 

Isaïe l’avait annoncé

 

Le prophète Isaïe pour exprimer le désarroi du peuple, comme celui des hommes d’aujourd’hui, écrit, nous l’avons entendu dans la première lecture : «  Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de ton chemin… Reviens… Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi » !

Une montagne qui fond, c’est bien un cataclysme ! N’oublions pas que, dans la bible, la montagne est le lieu de la présence de Dieu : rappelons-nous, le Sinaï, le Thabor. Pour Isaïe, « la montagne qui fond » c’est l’image de Dieu qui vient à notre niveau, partager notre condition humaine avec toutes nos misères. C’est ce que le prophète demande au Seigneur et il est exaucé. Finalement, il peut dire : « Tu viens à la rencontre de celui qui se souvient de toi… Tu avais caché ton visage…Pourtant, tu es notre Père. Nous sommes l’argile, et tu es le potier. Nous sommes tous l’ouvrage de tes mains ».

Quelle magnifique image ! Dans cette page de la bible, ne voyons pas seulement l’histoire de la « la montagne qui fond », voyons plutôt, la joie de celui qui se laisse façonner par le Père, et accueillons ce message plein d’espérance. Nous avons l’impression que Dieu est absent, qu’il est parti pour un long voyage, comme l’évoquaient les évangiles des dimanches derniers. Jésus nous affirme le contraire. Le Seigneur a été, est, et sera toujours avec nous.

Jésus l’a réalisé

 

Le maître que nous croyons absent, « il reviendra », nous dit Jésus. Mais quand ? Il ne fixe pas de date, mais il est bon de souligner qu’il annonce  le retour, la nuit, et même à quatre moments de la nuit : le soir, à minuit, au chant du coq et à l’aube. Comment comprendre ce message ? Il faut le décoder !

La nuit, c’est le temps des ténèbres, de la puissance des ténèbres, c’est le temps de la tentation, du découragement et du désespoir. N’y a-t-il pas là, la description de la vie de beaucoup de nos contemporains marqués par les épreuves et qui disent volontiers : « Je suis dans la nuit » ? Justement, dans la nuit, nous ne sommes pas seuls. Jésus est avec nous !

Reprenons les quatre moments évoqués par Jésus :

Le soir, c’est l’heure de la Cène, de l’institution de l’Eucharistie, de la présence réelle du

Christ qui est et sera toujours avec nous.

A minuit, c’est la veillée à Gethsémani, il est là, il veille, il prie, il ne nous abandonne pas       alors que ses disciples dorment. Ils n’ont pas pu veiller avec lui !

Au chant du coq, l’allusion est claire ! C’est l’heure du reniement de Pierre et de l’abandon de tous les autres.

Le matin, de très bonne heure, c’est l’heure où Marie Madeleine et les autres femmes arrivent au tombeau. Il fait encore sombre, presque nuit. Elles ne comprennent pas. Et pourtant, il est là, vivant, ressuscité. Il apporte la lumière. Nous célébrons ce mystère, déjà à Noël et surtout à Pâques et nous en vivons à longueur d’année.

 

Vivons dans l’espérance

 

Voilà le message plein d’espérance que nous avons à vivre et à proclamer, en ce premier jour, et tous les jours, de la nouvelle année liturgique. 365 fois, parait-il, nous trouvons,  dans la bible, l’expression « n’ayez pas peur ». Tous les jours, nous pouvons faire confiance au Seigneur. Peut-être avons-nous besoin de passer d’une crainte servile à une crainte filiale.

François de Sales, à ce sujet, a trouvé une magnifique image, dans son Traité de l’Amour de Dieu. Il écrit : « Comme la pelure d’une pomme, qui est de peu d’estime en soi-même, sert toutefois grandement à conserver la pomme qu’elle couvre, ainsi, la crainte servile, qui est de peu de prix en sa propre condition au regard de l’amour, lui est grandement utile à sa conservation pendant les hasards de cette vie. La crainte servile est comme accessoire de la crainte filiale plus excellente. Car la crainte, comme dit saint Augustin, est la servante de la charité à qui elle prépare la chambre ». (V, 299 ou Pléiade  L. XI, C. XVII, P. 927)

C’est pratiquement ce que dit saint Paul aux chrétiens de Corinthe, pour les inviter à vivre toujours, sans avoir peur de Dieu, dans une grande espérance, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture : «Aucun don spirituel ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir solidement jusqu’au bout ».

 

Conclusion

 

En ce premier dimanche de la nouvelle année liturgique, reconnaissons que nous sommes un peu dans la nuit, un peu endormis. Le Seigneur nous demande de ne pas nous laisser aller à l’assoupissement et encore moins à la léthargie ! Il est déjà avec nous, dans nos vies, au cœur des évènements. Restons en éveil, pour sortir de l’engourdissement, pour vivre continuellement en sa présence.

C’est le temps de l’Avent, de l’attente, de la veille ! Ouvrons l’œil et le bon !

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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 16:08

2008 – Le Christ, Roi de l’univers

 

Ce Roi qui nous rend frères

 

Il est très difficile de parler de Dieu avec nos mots humains ! Comment, par exemple, comprendre le sens exact de l’expression « Christ, Roi de l’univers » ?

 Nous savons bien ce qu’évoque le terme ROI. Ordinairement, le roi est souvent à part, loin de ses sujets, au-dessus d’eux. Il a des serviteurs, il donne des ordres et, parfois, il condamne.

Le Christ, Roi de l’univers, n’a ni sujets, ni serviteurs, il n’a que des amis. Il est venu, non pas pour être servi mais pour servir, non pas, pour juger, condamner, mais pour sauver.

L’évangile de ce jour montre très bien dans quel sens nous pouvons parler du Christ ROI. Son royaume est, essentiellement, Royaume d’Amour.

 

Que dit la bible ?

 

Dans les temps anciens, avant la venue de Jésus, les rois assumaient plusieurs fonctions, dont celle de juge. C’est pourquoi l’évangile de Matthieu nous présente, aujourd’hui, « le Fils de l’homme », à la fois, roi et juge. Si les générations qui nous ont précédés ont, assez facilement, regardé Jésus comme juge sévère, Dieu merci, il n’en va pas de même aujourd’hui ! Dieu est juge, dans le sens où il nous justifie. Sa miséricorde est sans limite et nous ne pouvons vraiment pas imaginer Jésus venu  punir ! Il est venu sauver !

La première lecture, et le psaume nous ont montré le Seigneur comme un berger qui prend soin, personnellement, de chacun de nous. Dimanche dernier, rappelez-vous, il était dit qu’il confiait son bien « à chacun selon ses capacités ». Cette image nous convient très bien.

Quant à saint Paul, il écrit aux Corinthiens : « C’est en Adam que meurent tous les hommes. C’est dans le Christ que tous revivront ».

Ces remarques préliminaires nous permettront de bien saisir l’essentiel du message de l’évangile que nous appelons « du jugement dernier ».

Le but de ce récit n’est surtout pas de montrer Dieu comme un justicier ! Ce n’est pas le sommet du message de Jésus. Matthieu a simplement utilisé une image, employée assez couramment en son temps – dans un genre littéraire qu’on appelle apocalyptique – pour appeler ses disciples à mettre en pratique, à concrétiser, par des actes, ce que leur foi proclame. C’est un appel à vivre une fraternité solide entre chrétiens et avec tous les hommes.

Jésus reprend à son compte un certain nombre de préceptes traditionnels du judaïsme dans lequel il a vécu : nourrir ceux qui ont faim, pratiquer l’hospitalité, être proche des malades.

 Il y a quand même une nuance qu’il est bon de souligner. Il ne parle ni de l’aide aux veuves et aux orphelins, ni de l’ensevelissement des morts, ce qui était tout autant traditionnel. Par contre, il ajoute la visite aux prisonniers. C’est que les premiers chrétiens ont, malheureusement, connu la persécution et la prison. Il y a dans ce fait tout un message pour nous, aujourd’hui.

 

Appels à la fraternité

 

Ces appels de Jésus rejoignent ce que nous appelons, à notre époque, « les droits de l’homme », c’est-à-dire, les besoins les plus élémentaires et les plus profonds des êtres humains. Pouvoir manger, se soigner, être inséré dans la société et disposer de sa liberté sont des droits fondamentaux  pour chacun d’entre nous. Comment pouvons-nous supporter la détresse de ceux qui ont faim, de ceux qui souffrent, de ceux qui sont exclus des soins et de ceux qui sont privés de liberté ?

L’appel de Jésus est si important qu’il dit une parole surprenante : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » ! Et il en donne la raison : ces petits sont aussi « ses frères ». Dieu est complètement solidaire des hommes. Il a établi sa demeure parmi eux. Il a offert sa vie pour eux. Il s’identifie à ceux qui ne peuvent pas assumer leur vie dans toute sa dimension.

On peut très bien agir pour les droits de l’homme sans être chrétien. Beaucoup le font. Nous, nous ne le faisons pas « à cause de Dieu » ni pour être bien vus de Lui et regardés favorablement au jour du jugement ! Mais, n’oublions surtout pas que Jésus nous révèle  une dimension que nous n’aurions pas pu deviner tout seuls : nos actes de solidarité sont reconnus comme des actes d’amour envers lui, personnellement. Nos actes humains prennent une dimension divine ! Voilà une fameuse Bonne Nouvelle, un appel à sortir de notre égoïsme pour servir Dieu en servant nos frères !

 

« Saveurs d’évangile »

 

Hier, quelque 700 personnes  déléguées des 38 paroisses du diocèse, réunies à La Roche, ont participé à une rencontre joliment appelée « Saveurs d’évangile ». Mgr Boivineau leur a transmis un message qui nous sera communiqué à la fin de la messe. Tous, quelques soient nos âges, nos  vocations, nos responsabilités, nous avons  à redécouvrir, à approfondir notre foi, pour en être les témoins, là où nous vivons. Nous sommes tous appelés à faire découvrir qui est le Seigneur : Fils de Dieu, Roi universel, Juge suprême, et surtout, Dieu d’amour.

 

 

Conclusion

 

Nous l’avons bien compris, Jésus est notre Roi, non pas pour dominer et gérer le monde, mais pour nous appeler à aimer comme il a aimé. Jésus est notre Roi et il nous appelle à être, comme lui, solidaires de tous les hommes et spécialement de ceux qui subissent des conditions de vie indignes de l’être humain.

Jésus est un Roi qui a choisi son camp, celui de l’homme blessé. Décidément, nous n’aurons jamais fini d’être surpris par l’amour de Dieu. Il se veut serviteur des hommes. Logiquement, il nous entraîne, à sa suite, sur le chemin fondamental de la solidarité avec les démunis, les exclus et tous ceux qui souffrent.

François de Sales, en bouquet spirituel, nous laisse ce qu’il disait, l’année de sa mort, le Vendredi Saint 1622 : « L’amour ne se paie que par l’amour. En rendant à Notre Seigneur amour pour amour, louanges et bénédictions que nous lui devons pour sa mort et sa passion, nous le confessons notre Libérateur, notre Sauveur, notre Roi ». (X, 360…)

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