2009 – Le baptême du Seigneur
Une histoire de passages !
La fête du baptême de Jésus nous permet de mieux découvrir le sens de notre baptême. Il vient de loin… et même de très loin. Nous n’avons probablement pas été baptisés par immersion, selon la coutume de l’Eglise primitive. Mais, l’eau versée sur notre front voulait évoquer le baptême donné par Jean Baptiste, dans l’eau. Symboliquement, chacun de nous a refait ce que le Seigneur Jésus avait fait, et Jésus, lui-même, avait fait ce que certains de ses contemporains faisaient : ils traversaient l’eau.
Ils imitaient, dans le Jourdain, ce que leurs ancêtres avaient fait, pour fuir l’Egypte. Ils avaient traversé un bras de la mer Rouge. Dans l’imaginaire du peuple juif, cette traversée avait pris la dimension d’une épopée où l’on chantait l’aventure d’un peuple immense, traversant une mer profonde, aux flots miraculeusement écartés, pour permettre le passage. Rappelez-vous « Les dix commandements », la représentation grandiose du film à grand spectacle.
Si l’imagination a amplifié cet évènement, c’est parce que ce passage a provoqué chez eux des changements très importants. Ils étaient esclaves, les voici libres. Ils étaient fuyards, les voici unis comme un peuple. Ils étaient soumis à de nombreuses divinités, ils allaient adorer le Dieu unique.
Toute leur manière de vivre, toute leur raison de vivre changeaient. Ils faisaient l’expérience que ce Dieu unique, qui s’était jadis révélé à Moïse, les aimait. Il se préoccupait de leur sort, il voulait leur liberté, leur bonheur. Il se proposait de faire alliance avec eux, en leur donnant, sur la mont Sinaï, une ligne de conduite : les commandements.
Passer d’une manière de vivre à une autre
Au temps de Jésus, des hommes constatant qu’ils s’étaient écartés de ce code de vie donné par le Seigneur, et prenant conscience de la futilité de leur manière de vivre, viennent écouter Jean-Baptiste. Touchés par son enseignement, ils désirent changer leur comportement et se donner d’autres raisons de vivre. Pour manifester publiquement leur décision, ils vont, non pas jusqu’à la mer Rouge qui est trop loin, mais dans ce fleuve qui irrigue le désert en apportant la végétation et la vie, le Jourdain.
Ce désir de changer de vie était une conversion. Ils réalisaient ainsi ce qu’annonçait le prophète Isaïe, nous l’avons entendu dans la première lecture : «Prêtez l’oreille, venez à moi, écoutez et vous vivrez. Je ferai avec vous une Alliance éternelle…Que le méchant abandonne son chemin…Qu’il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins ».
Solidaire de ce cheminement
En recevant le baptême de l’eau, comme ses contemporains, Jésus montre d’abord qu’il est héritier de la longue histoire de ce peuple. En même temps, il manifeste qu’il est solidaire de ceux qui reçoivent le baptême de Jean-Baptiste.
D’autre part, ce passage dans l’eau du Jourdain modifie profondément sa vie. Il n’est plus seulement le fils de Marie ! L’évangile nous dit : « Du ciel une voix se fit entendre : C’est toi mon Fils bien-aimé ». Il est le Fils de Dieu. Il n’est plus seulement le fils du charpentier, il est le porte-parole du Père.
Quand il remonte de l’eau et que le ciel s’ouvre, il veut nous faire comprendre qu’un jour, il sortira de terre pour être près de son Père. C’est sa résurrection qui nous est annoncée. Le baptême nous fait passer, avec le Christ, de la mort à la vie.
Enracinés dans cette histoire
Notre propre baptême, enrichi de toute cette histoire, est très enraciné et il nous enracine, par là même, dans l’histoire du peuple de Dieu, dès l’origine, et dans l’Eglise, aujourd’hui.
De même que par son baptême, Jésus marquait sa solidarité avec toute la lignée des « chercheurs de Dieu », tout au long de l’Ancienne Alliance, de même notre baptême fait de nous, des compagnons, des frères et des sœurs de Jésus, et donc, comme Lui, des fils et des filles de Dieu. Comme Lui, de changement en passages successifs, dans les différents âges de notre vie, nous marchons vers la résurrection, vers la vie qui ne finit pas.
En fin de compte, notre baptême fait de nous des hommes et des femmes qui s’efforcent de convertir leur vie, pour ressembler à Jésus et se reconnaître solidaires d’un peuple. C’est ce qu’écrivait saint Jean, nous l’avons entendu dans la deuxième lecture : « Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu ».
En marche vers la Vie
De tous temps, des personnes ont pris conscience de la vanité, de la superficialité de certaines de leurs manières de vivre quand, par exemple tout est basé sur les jeux, les amusements, la chance, l’argent facile etc. … ou, à l’opposé, des personnes écrasées par les épreuves, le chômage, la maladie, le deuil etc. … ont voulu opter pour une vie qui ait un sens, du poids, de la densité.
Pour cette raison, il faut bien nous en rendre compte et le souligner, chaque année, dans notre pays, plusieurs milliers de jeunes aînés et d’adultes se préparent et reçoivent le baptême, l’eucharistie, la confirmation. Ils manifestent ainsi leur conversion.
Nous qui avons été baptisés, la plupart, sans doute, depuis notre plus tendre enfance, nous avons constamment à nous convertir. Que cette eucharistie nous permette de raviver notre propre baptême et d’enraciner notre vie en Dieu. Avec Lui seul, nous pouvons prendre la direction de l’éternité et trouver le bonheur dès maintenant et pour toujours.
Conclusion
François de Sales commentant l’évangile de ce jour, l’année de sa mort, en 1622 disait : « Dieu le Père a parlé pour rendre ce témoignage lorsque Notre Seigneur reçut le baptême au fleuve Jourdain, car on entendit alors cette voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé auquel j’ai pris tout mon plaisir, écoutez-le ».
Comme s’il voulait dire : « O, pauvre peuple, vous m’aviez tellement fâché par vos iniquités que j’avais résolu de vous perdre et abîmer tous. Mais voici que je vous envoie mon Fils, pour vous réconcilier avec moi, car tout mon plaisir est à le regarder et considérer. En ce regard, je trouve tant de complaisance que j’en oublie tous les déplaisirs que je reçois de vos péchés. Ecoutez-le donc » ! Par cette parole, le Père montre qu’il a envoyé son Fils, pour nous enseigner et nous sauver.
Hé, veut-il dire, ne doutez point de sa doctrine, car il est la Vérité même, et pour cela écoutez-le bien, sa doctrine est toute divine, et si vous la pratiquez et suivez, elle vous conduira à la vie éternelle ». (X, 368)
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